Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Marau Taaroa, Teriiero A Teriierooterai, Salmon (Tati) -

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Le conseil d'administration.


MARAU TAAROA (1860-1935).

Reine de Tahiti (1877-1887). Troisième fille d'Alexandre Salmon et d'Ari'itaimai (la cheffesse des Teva et sœur adoptive de la reine Pomare IV). Elle était, par conséquent, l'épouse idéale, du point de vue politique, pour le prince héritier Ariiaue. Malheureusement, celui-ci, âgé de 36 ans, grand bringueur, n'était en rien le mari rêvé pour Marau qui, à 14 ans, venait de quitter l'école privée de Sydney où elle avait reçu une bonne éducation et vécu jusqu'alors très protégée. Après seulement quelques mois de cohabitation, Marau abandonna Ariiaue et s'enfuit chez sa mère. Elle reprit la vie conjugale pendant une courte période, lorsqu'à la mort de Pomare IV, son époux devint roi en septembre 1877.

Par la suite, Marau mena une vie libre et joyeuse, dans la tradition des ari'i tahitiens et, pour se distraire, elle fit des voyages en Europe. Elle accoucha de deux filles, en mars 1879 et en janvier 1887, dont les pères étaient de fringants officiers de marine. A l'état civil, elles furent bien sûr inscrites comme étant les enfants du roi. Celui-ci craignait que son épouse ait un jour un fils qui, légalement, pourrait prétendre à la succession. Après la naissance de la seconde fille, il demanda donc le divorce, ce qui poussa la reine à introduire sa propre requête. C'est finalement celle-ci qui fut admise par le tribunal et le divorce fut prononcé le 27 juillet 1887.

Ce que le roi avait pressenti se produisit neuf mois plus tard, lorsque la reine, qui avait alors une liaison avec l'officier de marine Fournier, donna naissance à un fils, baptisé Ernest, qui porta légalement le nom de Salmon, comme sa mère, apparemment assez contente de son existence indépendante, Marau vécut désormais seule avec ses trois enfants (dont deux furent plus tard pris en charge par des parents fa'a'amu en France), dans son bungalow au centre de la ville, au coin de l'actuelle avenue du Général de Gaulle et de la rue de la Poste.

L'homme qui lui procura les plaisirs les plus élevés de sa vie n'appartenait cependant pas à la caste des jeunes officiers avec lesquels elle avait eu des liaisons jusqu'alors. Ce fut un savant qui lui fit découvrir les satisfactions des occupations intellectuelles. Il était Américain, professeur d'histoire à l'Université de Harvard et appartenait à la célèbre famille Adams qui comptait deux présidents des États-Unis. Henry Adams, qui était venu en touriste à Tahiti au début de 1891, s'était aperçu à sa grande surprise que la vieille cheffesse Ari'itaimai Salmon de Papara possédait des connaissances étendues sur l'histoire et la culture tahitiennes. Lorsqu'il décida d'écrire, en collaboration avec elle, l'histoire de Tahiti, il eut besoin d'une interprète-secrétaire et c'est Marau qui assuma ce rôle avec un intérêt grandissant. Elle continua à noter les traditions que d'autres membres de la famille connaissaient également par cœur.

Henry Adams jugea son travail si important qu'il choisit comme titre pour l'ouvrage qui en résulta « Memoirs of Marau Taaroa, last Queen of Tahiti ». Bien qu'il préférât à ce titre pour l'édition revue et augmentée de 1901, celui plus approprié de « Memoirs of Arii Taimai », la contribution de Marau resta prépondérante et c'est donc essentiellement grâce à elle que toutes ces traditions ont été sauvées de l'oubli. La traduction française, publiée en 1964, avec une introduction de Bengt Danielsson, est devenue, avec « Tahiti aux Temps anciens » de Teuira Henry et « A la Recherche de la Polynésie d'autrefois » de William Ellis, un des trois ouvrages de référence pour connaître l'histoire de la Polynésie. Marau avait enfin découvert sa vocation et elle se consacra désormais à la recherche et à l'étude des traditions et du folklore de son peuple. Elle rédigea, entre 1920 et 1922, une sorte de synthèse en anglais, qu'elle s'obstina à appeler « Memoirs of Marautaaroa, last Queen of Tahiti ». Elle avait espéré trouver un éditeur en Amérique et fut déçue de voir son manuscrit constamment refusé. Elle mourut le 2 février 1935 sans que le livre ait vu le jour. C'est finalement sa fille, la princesse Takau qui, sur l'insistance du secrétaire de la Société des Océanistes, traduisit ce texte en français. Publié en 1971 par cette société, sous le titre de « Mémoires de Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti », il a été augmenté d'une introduction dans laquelle la princesse Takau raconte ses souvenirs personnels de sa mère.

La tombe de la reine Marau, en forme de ahu, se trouve au cimetière de l'Uranie, loin de celle de son mari, enterré sur la terre ancestrale des Pomare à Arue.

[Dictionnaire illustré de la Polynésie sous la direction de F. Merceron]



TERIIERO A TERIIEROOITERAI (1875-1952).

Chef du district de Papenoo. Issu des lignées princières de Punaauia mais de parents modestes, Teriiero a Teriierooiterai entra au service des Postes comme facteur en 1892 puis obtint un poste d'instituteur-adjoint dans le district de Papenoo où il passa le reste de sa vie. Il choisit de servir les intérêts de la France et s'en trouva récompensé par le gouverneur Edouard Petit qui le nomma chef du district de Papenoo en 1901, puis surveillant des travaux publics de la côte est. Grâce à ses qualités d'orateur, d'organisateur et de médiateur, Teriiero devint un notable de premier plan. L'essor sans précédent de l'agriculture de plantation qu'il avait su initier dans son district lui valut d'être admis à la Chambre d'agriculture en 1912. Il siégea à l'Assemblée des Délégations économiques et financières à partir de 1937 et fut nommé au Conseil privé en 1942. Ardent patriote, il adhéra au mouvement de la France Libre, fut décoré de la croix de la Libération, mais, âgé et éprouvé, se retira des affaires politiques en 1946.

[Dictionnaire illustré de la Polynésie sous la direction de F. Merceron]



SALMON (Tati) (1850-1918).

Fils d'Alexandre Salmon et de la princesse Ariioehau dite Ari'itaimai, Tati Salmon hérita de la chefferie de Papara en 1890. « Il devenait ainsi un personnage de premier plan à Tahiti puisque par sa mère, princesse de sang royal, il représentait dans l'île la branche aînée des Teva, héritière et bénéficiaire des pouvoirs les plus élevés. De plus, Tati gérait un grand nombre de plantations où se cultivaient aussi bien de la vanille que le coprah, le coton que la canne à sucre ou les orangers. En tout, 4 000 hectares de propriétés (...) réparties entre Tahiti et Moorea. Il parvenait même à concilier son activité de colon et de négociant avec des fonctions de conseiller général et de représentant de district, signe d'une énergie et d'une vitalité peu communes » (Pierre Lagayette : introduction aux « Lettres de Tahiti »). Tati Salmon était également un vrai gentleman, distingué et accueillant, à qui rendirent visite plusieurs voyageurs illustres : Robert-Louis Stevenson, la reine Makea de Rarotonga, le prince Oscar de Suède. En 1891, il reçut l'historien américain Henry Adams et le peintre John Lafarge. Il devint un des meilleurs amis d'Adams et lui livra de nombreuses informations inédites sur le Tahiti ancien : légendes, poèmes, généalogies... qu'il publia lui-même dans le « Journal of Polynesian Society” de Wellington. .De 1892 à 1916, les deux hommes entretinrent une correspondance révélatrice d'une affection sincère et se retrouvèrent plusieurs fois aux États-Unis. Ils décédèrent à quelques mois d'intervalle, Tati Salmon ayant succombé à l'épidémie de grippe espagnole de 1918.

[Dictionnaire illustré de la Polynésie sous la direction de F. Merceron]

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