Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le RDPT « espionné » -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Les événements marquants | 1953-1996. L’Assemblée territoriale | 1953-1957. L'instabilité | Le RDPT espionné : les “blancs” des RG

Le RDPT « espionné »

Comme tous les partis politiques, en France ou en Polynésie, le RDPT a fait l’objet de « l’attention » des services de police. Le RDPT était donc infiltré par la police qui transmettait des notes (voir doc) au gouverneur et sans doute à des membres du conseil privé et au maire de Papeete. C’est un des membres du conseil privé qui transmettait un double de ces fiches (des pelures pas toujours très lisibles comme on en utilisait sur les vieilles machines à écrire) à Jacques Foccart, en charge de l’outre-mer dans le Rassemblement du Peuple Français (RPF, le parti de De Gaulle sous la IVème République). On les retrouve donc aux archives de l’Institut Charles de Gaulle, 5 rue Solférino, Paris 7ème.
La plupart des fiches ont été rédigées par « l’agent n°158 ». Ce sont des traductions de propos échangés en reo maohi pendant les réunions du comité directeur du RDPT. À une époque où les moyens d’écoute n’étaient aussi perfectionnés qu’aujourd’hui et quand les instruments n’étaient pas miniaturisés, comment l’agent faisait-il pour retenir les propos de réunions fort longues ? Le problème ne se pose pas seulement pour cet agent n° 158, mais pour tous les agents de renseignements qui devaient recevoir une formation spéciale. Il n’est pas exclu qu’il prenait quelques notes, ce qui devait le faire repérer.
La question de la fiabilité de ces fiches se pose, mais on peut penser qu’elles reflétaient largement la réalité. Toutefois, on ne manquera pas de resituer les propos tenus dans des réunions de sections, avec le style oratoire très particulier des Polynésiens. Les autorités de l’État n’ont généralement pas saisi cette subtilité et ont pris les formules au premier degré, formules qui les ont effrayés. Les propos tenus n’étaient pas destinés à être mis sur la place publique. J-B. Céran-Jérusalémy nie farouchement avoir tenu les propos que les fiches lui prêtent et il pense la même chose en ce qui concerne Pouvanaa. Y aurait-il eu des manœuvres destinées à nuire aux dirigeants du RDPT ? S’il faut rester prudent, cette théorie de J-B. Céran-Jérusalémy ne peut pas être retenue sérieusement, de nombreux témoignages confirmant que type d’échanges était finalement assez courant.
Ces fiches sont donc extrêmement précieuses pour connaître la vie interne de ce parti.
Le secrétaire du RDPT avait fini par être averti de la présence d’un « espion » dans les réunions du parti et il avait promis une prime de deux cent mille francs à celui qui le découvrirait. En lisant attentivement les fiches et en procédant à divers recoupements, le nom d’un des militants du RDPT a été facile à isoler. Comme par hasard, les témoins de l’époque confirment que ce monsieur possédait bien une machine à écrire et qu’il cherchait à être présent le plus souvent possible à des réunions auxquelles pourtant son niveau de responsabilité ne le justifiait pas réellement. D’anciens membres de l’UTD se doutaient d’ailleurs que c’était bien ce personnage qui fournissait les renseignements à la police.
Les fiches qui se trouvent à Paris couvrent la période du 25 octobre 1954 au 10 décembre 1956, une période plutôt difficile pour le RDPT. Des archives privées à Tahiti, recèlent
d’autres fiches qui renseignent sur les années 1957 à 1960, mais épisodiquement.

[J.M.Regnault]


Congrès du RDPT en avril 1954

Retour en haut de page