Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Les parlementaires - députés - Charles-Henri Vernier, Georges Ahnne, Pouvanaa a Oopa -

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L'assemblée représentative.


CHARLES-HENRI VERNIER, député à la première Constituante :

21 octobre 1945.
Né à Papeete, en 1883, fils de pasteur exerçant à Tahiti, Charles Vernier part en France en 1895 pour étudier (lycée de Tournon). Il entreprend des études de théologie à Montauban (1903-1907) et à Edimbourg (1908). Il devient pasteur à Annonay et épouse Ruth Christol en 1911 (quatre fils sont issus de cette union, tous nés en Polynésie). Il revient à Papeete en 1911 et part exercer les fonctions pastorales dans les îles Sous-le-Vent (1912-1923).
Il s’y perfectionne dans l’usage de la langue tahitienne et dans la connaissance des usages et coutumes du milieu. Il adhère en 1917 à la Société des Etudes océaniennes et écrit fréquemment dans le bulletin de cette société savante. Il dirige le journal protestant en langue tahitienne. Pendant la Grande Guerre, il exerce les fonctions d’aumônier.

A partir de 1925, il est pasteur à Papeete. A la demande du gouverneur Bouge, il élabore une grammaire tahitienne qui est imprimée en 1934 et destinée aux écoles élémentaires.
La même année, il publie un ouvrage : Tahitiens d’autrefois, Tahitiens d’aujourd’hui (260 p.) réédité en 1948 sous le titre Tahitiens d’hier… et d’aujourd’hui (éditions de la Société des Missions évangéliques) qui cherche à faire connaître la civilisation polynésienne et l’œuvre des missionnaires. Le regard porté par Charles Vernier revêt souvent un côté paternaliste, typique de l’esprit missionnaire de ce temps. En 1936, il devient président du Conseil Supérieur de l’Eglise protestante (ou Synode). Il prend la direction de l’école pastorale de Tahiti en 1937.

En 1940, avec l’Eglise protestante, Charles Vernier appuie le ralliement au général de Gaulle et réaffirme son soutien à la France libre tout au long de la guerre. Deux fils de Charles Vernier sont tués lors des combats en France, en 1944 et 1945.

Charles Vernier est en métropole quand il reçoit de Tahiti une demande pressante afin qu’il représente les EFO à la première Constituante. C’est la première fois que les EFO ont un représentant dans une assemblée législative nationale. L’élection a lieu en son absence et il est très facilement élu le 21 octobre 1945 (80% des voix), contre un sympathisant communiste et un candidat considéré comme ancien partisan du régime de Vichy. Le comité qui appuie Charles Vernier veut soutenir la politique de De Gaulle, mais réclame « l’autonomie administrative et financière de la Colonie dans le cadre de l’Empire français ».
Les préoccupations religieuses sont fortes : « égalité de toutes les religions » et « maintien des subventions des écoles libres ». On retrouve là les caractéristiques de la vie politique naissante des EFO. Les élites locales – provisoirement soutenues par les milieux populaires et traditionnels – veulent à la fois maintenir le lien avec la France et obtenir une émancipation qui servirait essentiellement ces élites. Celles-ci ont habilement choisi le pasteur Vernier, unanimement respecté et défenseur, à sa manière, des populations locales.

A la Constituante, le représentant des EFO est intervenu le 26 mars 1946 pour approuver une motion de confiance au gouvernement présentée par plusieurs députés des circonscriptions africaines. Il fait remarquer que les EFO ont eu le privilège de parvenir à un tel « degré de ien-être social et économique » qu’ils devraient servir de modèle pour les populations de l’Union française. C’est cette vision optimiste des EFO qui explique son échec aux élections de 1949 devant Pouvanaa a Oopa.

En 1945, il avait inauguré une chaire de langue tahitienne à l’Ecole Nationale des Langues Orientales. En 1951, il se retire à Montélimar où il continue à faire connaître les EFO.

Décédé à Romans-sur-Isère (Drôme) le 12 juin 1966.




GEORGES AHNNE, député à la seconde Constituante : 9 juin 1946

Né à Papeete en 1903, fils du pasteur Edouard Ahnne. Après des études de droit, il devient avocat à Papeete. Pour l’élection du député à la première constituante (21 octobre 1945), il fait partie du comité qui soutient activement la candidature du pasteur Charles Vernier qui est élu. Ce dernier ne souhaitant pas se représenter à la deuxième assemblée constituante, c’est Georges Ahnne qui se présente. Il est élu député le 9 juin 1946, avec 6 273 voix sur 10 028 suffrages exprimés. On note 4 144 bulletins nuls, ce qui s'explique par le fait que Pouvanaa qui a obtenu 3 766 voix est déclaré inéligible en raison de ses condamnations.
G. Ahnne est élu député à l’Assemblée nationale le 24 novembre 1946 avec 7 038 voix contre Louise Tumahai, l’épouse de Pouvanaa, qui obtient 5 328 voix. Il meurt à Paris le 3 août 1949 en cours de mandat. Son décès entraîne une élection législative qui donne la victoire à Pouvanaa a Oopa.


Georges Ahnne, député à l’Assemblée nationale du 24 novembre 1946 à sa mort, le 3 août 1949




POUVANAA A OOPA, élu le 22 octobre 1949 et réélu le 2 septembre 1951

Né à Huahine, il reçoit une instruction scolaire sommaire, mais grâce à la fréquentation de la paroisse protestante, il acquiert une culture biblique dont il use abondamment au cours de sa vie politique.
Comment s’appelait-il réellement ?
Son grand-père maternel lui aurait donné le prénom de Pouvanaa, ce qui signifierait « pilier de la sagesse » d’après B. Saura. La coutume tahitienne fait du prénom un patronyme. Lors de l’interrogatoire du juge Berlamont, ce dernier dit : « vous vous appelez Pouvanaa Tutapu TETUAAPUA ; vous êtes fils de Pouvanaa Tutupa TETUAPUA et de Raita ». Pouvanaa répond : Je confirme l’exactitude de ces renseignements ; cependant, je suis connu sous le nom patronymique OOPA, mais je n’ai aucune idée quant à l’origine de ce patronyme. Je croyais d’ailleurs que le nom et le prénom portés sur le registre d’état civil étaient OOPA Pouvanaa et je croyais qu’une rectification avait eu lieu. Je me rends compte aujourd’hui que ce n’est pas le cas. Je vous signale que mes trois autres frères portent aussi le nom de famille d’OOPA.
Quand il est transféré à la prison des Baumettes, en 1960, sa fiche indique que son nom est TETUAAPUA, son surnom Oopa et son prénom Pouvanaa. L’année suivante, lors de son transfert à la prison de Fresnes, si son nom est toujours TETUAAPUA, il n’a plus de surnom et son prénom est ainsi libellé : Pouvanao (sic). De retour à Tahiti en 1968, il précise aux journalistes qu’il ne s’est jamais appelé Pouvanaa Tetuaapua. Sa carte d’ancien combattant comporte seulement l’indication du nom « Pouvanaa a Oopa » et pas de prénom.
Contrairement aux critiques de ses adversaires, il lisait et parlait le français correctement.
Mais, par peur du ridicule (son accent sans doute), il évitait de le parler en public. C’est pourquoi, au cours de ses mandats nationaux, il n’est jamais intervenu à une tribune.

Pouvanaa avant Pouvanaa
Jeune homme, il exerce divers métiers mais se spécialise dans la menuiserie. Vers l’âge de dix-huit ans, il vient s’installer à Papeete. Avec Paulette Marcantoni, il a un fils en 1917, Marcel, dit Mate Oopa. Pour aller combattre en France, il quitte Tahiti en 1917 et participe aux derniers combats contre l’Allemagne.
En 1925, il épouse Louise Tumahai. On sait peu de choses du cheminement de la pensée de celui qui devait être le porte-parole des Tahitiens contre l’emprise de l’administration française. La participation à la victoire lui a-t-elle donné le sentiment qu’il était une personnalité dont il faudrait tenir compte ? Selon B. Saura, « dès son installation à Papeete en 1920, Pouvanaa rencontre fréquemment ses amis anciens combattants avec qui il partage une conscience un peu plus aiguë des difficultés, mais aussi des inégalités et des injustices économiques que connaît la Polynésie ». A-t-il eu une activité politique ou revendicatrice embryonnaire pendant l’entre deux-guerres. Le gouverneur Petibon fait toutefois une allusion au fait que Pouvanaa aurait été « depuis de longues années un agent électoral ».
De quel personnage ? Sans doute du maire de Papeete puisqu’il ne semble pas y avoir d’autre élu de proximité. Le gouverneur ajoute que devant le succès des candidats soutenus par lui, Pouvanaa aurait pris une « importance et une autorité persuasive sur les électeurs » et « la flatterie, les considérations qu’on a eues pour lui, les besoins que l’on avait de son activité ont aidé à développer ou à faire naître un tempérament orgueilleux ».
Malgré l’imprécision du texte du gouverneur, l’information tendrait à prouver que Pouvanaa a été actif, déjà avant 1940, politiquement parlant. Marchand ambulant avec une « roulotte » comme on dit à Tahiti, puis « sédentarisé » sur le port de Papeete, il aurait été un « faiseur d’opinion » grâce à ses rencontres nombreuses avec les passants. De là peut-être son rôle d’agent électoral. Plus sûrement, Pouvanaa prend conscience de ce que les Tahitiens risquent de devenir étrangers sur leur propre terre. Les activités économiques et « politiques » leur échappent. Leur culture tend à s’étioler. Pouvanaa le supporte mal.
Pouvanaa a joué un rôle important dans le Ralliement de 1940. L’ancien gouverneur É. de Curton lui rend hommage et parle de son « indomptable détermination ». Une photo du livre du gouverneur (n° 56) nous montre Pouvanaa en 1941, devant le monument aux morts de Papeete. Il est en grande tenue : costume blanc et cravate. Il est aux côtés de onze personnalités qui comptent à Papeete, par exemple É. Ahnne, A. Poroi, R. Charron, Loulou Spitz, G. Bambridge (maire). La photo ne laisse aucun doute. Pouvanaa n’a pas envie d’être un Tahitien anonyme dans la masse de ses concitoyens. Les partisans de la France libre se déchirent et ne tiennent pas toujours compte des intérêts et des besoins des Tahitiens eux-mêmes. Pouvanaa commence vraiment à se faire connaître, défendant ces derniers et réclamant une évolution statutaire. Il est plusieurs fois arrêté et condamné. Ainsi, il semble certain que Pouvanaa avait mûri de longue date un certain nombre de revendications.
La guerre lui permet d’occuper une place (qu’il avait déjà en partie conquise). C’est un destin politique assez rare à Tahiti, celui d’un homme qui – malgré certaines ambiguïtés – variera peu : il veut jouer un rôle et si possible au premier rang et avec des idées dont il ne se départira pas. Sa volonté (« sa détermination » dit de Curton) rencontre après guerre des circonstances favorables ou des circonstances qu’il aura provoquées.

Après la guerre, Pouvanaa décide de se lancer dans un combat politique. En octobre 1949, il est élu député et le mois suivant fonde son parti, le Rassemblement démocratique des populations tahitiennes (RDPT). Il est réélu député en 1951 avec plus de 70 % des voix et encore réélu en 1956. Pendant près de dix ans, il va défier les autorités françaises, réclamant l’autonomie (si ce n’est l’indépendance, mot que la législation de l’époque ne tolère pas vraiment), l’océanisation des cadres, avec le slogan “Tahiti d’abord et pour les Tahitiens”. Ce n’est qu’en 1956 que la loi-cadre réunit enfin les conditions pour donner aux Territoires d’outre-mer une véritable autonomie. Fin 1957, remportant une nouvelle fois lesélections (mais avec une nette diminution de suffrages), Pouvanaa et ses amis vont-ils pouvoir appliquer leur programme ? Deux obstacles se dressent sur leur chemin. Le premier est de leur fait : ils se divisent. La perspective d’une indépendance prochaine aiguise les appétits. Jean-Baptiste Céran-Jérusalémy pense qu’il est celui qui serait le mieux qualifié pour diriger le pays. L’opposition profite des divisions du RDPT et des maladresses de Pouvanaa davantage fait pour éveiller la conscience du peuple polynésien que pour le diriger. En mai 1958, le RDPT se scinde en deux tendances hostiles. C’est à ce moment précis qu’un second obstacle se dresse : le retour au pouvoir du général de Gaulle. Quand celui-ci offre aux populations d’outre-mer le choix entre garder des liens avec la France ou obtenir l’indépendance, le RDPT se divise davantage. Pouvanaa choisit de répondre NON
au référendum du 28 septembre 1958, ce qui romprait avec la métropole, malgré les nombreux conseils de prudence qui lui sont prodigués. Une habile propagande fait triompher le OUI. L’occasion est belle pour le gouverneur (et sans doute le gouvernement français) et les adversaires de Pouvanaa de se débarrasser de lui. Démis de ses fonctions de vice-président du gouvernement, il est poussé à la faute. A-t-il donné l’ordre d’incendier la ville de Papeete octobre 1958) ? Il est arrêté, jugé et condamné à huit ans de réclusion criminelle (à accomplir en métropole) et quinze ans d’interdiction de séjour.

Pendant son absence, le CEP s’installe. Faut-il penser que c’est dans l’optique d’implanter un jour ce centre que le gouvernement du Général a cherché à se débarrasser de Pouvanaa, leader encombrant et imprévisible ? Le dépouillement des archives militaires le suggère fortement.
Après avoir bénéficié de différentes mesures de clémence, Pouvanaa est autorisé à rentrer au Fenua le 30 novembre 1968. L’année suivante, il obtient l’amnistie de sa condamnation. Mais ce qu’aurait souhaité Pouvanaa, c’est que son innocence soit reconnue après une révision de son procès. C’est ce qu’il a essayé en vain d’arracher lors de son dernier mandat parlementaire sénateur de 1971 à 1977).
Après sa mort, ses adversaires se rallient peu à peu à ses revendications d’autonomie. En ce sens, il appartient bien au patrimoine du Territoire et mérite son surnom de Metua.

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