Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - L'instabilité - Élus remarquables - Alfred Ernest Teraireia Poroi, Jean Florisson -

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L'assemblée territoriale.


ALFRED ERNEST TERAIREIA POROI

Né à Mataiea le 3 mars 1906. Après des études à l’école Viénot de Papeete, il entra dans la marine et fut capitaine au grand cabotage et directeur de l’Union Steamship Company of New Zealand. Il fonda une agence de voyages, Tahiti Poroi. Très entreprenant, il devint concessionnaire de grandes marques européennes (les automobiles Fiat, les établissements Bosch et Mann). Il fut aussi l’un des fondateurs du Radio-Club Océanien avant la Seconde guerre mondiale.

Il fut élu conseiller municipal de Papeete en 1935 et nommé 1er adjoint de Léonce Brault en 1941 lorsque le conseil est dissous et remplacé par une commission municipale. Sous la pression du gouverneur Orselli, ce dernier dut démissionner et fut remplacé à la tête de la commission par A. Poroi, le 1er septembre 1942. Le 26 août 1945, avec l’appui du même gouverneur, A. Poroi remporta les élections municipales. Il exerça son mandat de maire jusqu’en octobre 1966. Il avait encore remporté les élections en 1965, mais un recours entraîne l’annulation de celles-ci, des électeurs ayant été radiés de façon injustifiées. A. Poroi fut alors battu par la liste de Tetua Pambrun qui avait pour slogan « Nettoyez la ville, balayez Poroi ».
En tant que maire, il dut affronter l’hostilité des syndicats des personnels et ses décisions contestées à leur égard furent aussi désapprouvées par la justice.

De l’aveu de l’intéressé, A. Poroi avait beaucoup été soutenu par l’administration et l’armée. Deux choses jouèrent contre lui en 1966 : l’installation à Papeete de personnes venues travailler pour le CEP et l’annonce par le général de Gaulle de la construction d’une route traversière (un « cadeau » annoncé qui passa pour une tentative d’appuyer un homme dont l’aura commençait à décliner). Une nouvelle candidature en 1971 ne permit son retour à la municipalité.

Sous son autorité, la ville de Papeete connut des transformations. Le plan Auzelle (voir la fiche) recommandait une modernisation et une meilleure salubrité. Ce plan ne fut que partiellement appliqué, la ville ne disposant que de ressources réduites. Mais A. Poroi, grâce à sa présence dans le Comité Directeur du FIDES et à sa présidence de la Société d’Équipement de Tahiti et des Îles (SETIL), put engager des grands travaux : port autonome, aménagement du front de mer, percement de l’avenue Bruat jusqu’à la mer. Il regretta la démolition du Palais royal : il avait proposé sa restauration pour y installer un musée à l’étage et l’assemblée territoriale au rez-de-chaussée (PV de l’AT du 22 décembre 1953)

Il fut aussi conseiller à l’assemblée représentative devenue assemblée territoriale de 1946 à 1967. C’est à ce titre qu’il rencontra de Gaulle en janvier 1963 avec une délégation d’élus qui apprit de la bouche du président de la République la création du CEP.

En 1962, il succéda à Gérald Coppenrath au Sénat grâce à un élargissement du corps électoral qui comprenait non seulement les conseillers de l’assemblée comme pour les élections précédentes, mais aussi les représentants des conseils municipaux de Papeete et d’Uturoa. Il bénéficia aussi du fait que la rivalité entre protestants et catholiques lui était favorable, le pasteur Adnet ayant fait campagne pour lui. En 1971, il ne se représenta pas, n’ayant aucune chance de l’emporter face à Pouvanaa et Daniel Millaud. Avant de quitter le Sénat, il avait défendu le principe d’une généralisation des communes en Polynésie.

L’itinéraire politique d’A. Poroi fut assez classique en Polynésie et fortement marqué par le jeu personnel. S’il se révéla gaulliste dès 1940, ce qui lui valut la médaille de la résistance, A. Poroi se tint éloigné de la formation gaulliste (le RPF). Il créa, en 1949, l’Union Populaire Océanienne (UPO) pour dénoncer la menace communiste que représenterait Pouvanaa et le RDPT. Il transforma l’UPO en une fédération de l’UDSR, sous la pression de François Mitterrand. Il resta cependant fervent partisan de la présence française et s’opposa vigoureusement au RDPT et aux syndicats. C’est pourquoi, avant même le retour au pouvoir du général de Gaulle, il contribua à la création de l’Union Tahitienne Démocratique (UTD) en avril 1958, formation politique qui allait soutenir le Général et éliminer Pouvanaa suite au référendum du 28 septembre 1958. L’UTD fut la proie de querelles et de rivalités internes. En juillet 1962, Rudy Bambridge et Gérald Coppenrath quittèrent le parti pour fonder l’UT-UNR. A. Poroi maintint l’UTD comme courant gaulliste mais non reconnu par les instances parisiennes du parti gaulliste. Si l’UTD permit à A. Poroi de devenir sénateur, cette formation s’étiola peu à peu devant sa rivale. A. Poroi passa alors des accords avec le RDPT, demanda le retour de Pouvanaa au Fenua et obtint que son fils Charles fît partie du conseil de gouvernement de 1962 à 1964.

Dans sa correspondance, le gouverneur Toby signale « les attaches bien connues d’A. Poroi avec le patronat ».

En 1972, il se retire de la vie politique et cède peu à peu ses affaires à son fils Charles.

Il décède en 1994.




JEAN FLORISSON

Né en 1910 dans les Landes.

Docteur en médecine, il vient dans les ÉFO comme médecin engagé par la Compagnie des phosphates de Makatea. Il s’installe à Tahiti.

René-Raphaël Lagarde, dans un article de Te Aratai, trace un portrait du docteur. Il avait été séduit par les théories d'Action française et y adhéra avec « toute l'impétuosité de sa jeunesse". Le docteur Florisson, "secrétaire du Syndicat des Médecins de France" s'est attaqué aux privilèges des médecins militaires, lesquels lui ont voué une haine inexpugnable. II a été l'avocat des causes indéfendables. Par exemple, avant la guerre, un scandale a éclaté à Papeete, l'affaire Kong-Ah. Personne ne voulant assurer la défense de l'accusé, Florisson a été désigné (mais il était consentant) avocat d'office.

Médecin des pauvres, il s'intéresse à tout ce qui pourrait être réformé à Tahiti pour que ce soit réellement un paradis.

Pendant la guerre, il est incarcéré pour activités pro-vichystes.

Après la guerre, il se lie avec Jean-Baptiste Céran-Jérusalémy et rencontre Pouvanaa. Noël Ilari écrit que J. Florisson "resta l'éminence grise du Comité Pouvanaa et le conseiller intime de Pouvanaa et de Céran-Jérusalémy". Il n’apparaît pas en effet dans l’organigramme du Comité Pouvanaa, mais joue un rôle important. C’est lui qui conduit Pouvanaa à s’inscrire au groupe Paysan à l’Assemblée nationale.

Il se présente sans succès aux élections territoriales de janvier 1953 dans la circonscription des Marquises Nord. Cependant, il inspire à J-B. Céran-Jérusalémy le projet de départementalisation. De plus, l’assemblée l’élit sénateur, poste qu’il occupera jusqu’en 1958.

Au Conseil de la République, ses interventions se font dans un style particulier et cet homme toujours agité fait rire ses collègues, comme en témoignent les procès-verbaux des débats avec des phrases comme celles-ci : "il ne s'en faut même pas d'un Richelieu, l'autre" ou "la loi-cadre vous permettra paulo majora canamus de nous débarrasser de ce carcan" ou encore "Tahiti reste la plus belle planque pour éviter déclarations de revenus, prélèvements de 4e et 5e quarts" et enfin "est-ce croyable qu'il y ait à Tahiti matière à indemnité de dépaysement ? et pourquoi pas une indemnité de scène de ménage ?"

Il dresse un sévère bilan des institutions du Territoire, critique les gouverneurs, "ces vice-rois", ces "mal convaincus, pour ne pas dire des saboteurs de toute la législation d'Outre-Mer qu'ils sont chargés d'appliquer...", cite leurs nombreux abus de pouvoir. "On n'a que trop souvent conféré, dit-il, des pouvoirs de satrape à des gens qui auraient plutôt été faits pour obéir que pour commander". Il s'en prend à l'absence d'impôt sur le revenu qui permet de "stupéfiantes escroqueries". L'ensemble de ses critiques peut se résumer dans cette formule qu'il emploie : "il se passe des choses bizarres à Tahiti". Tout son discours reflète l'homme formé à l'Action française : dénonciations en tout genre, populisme et humour grinçant.

Le 8 juin 1958, les divisions du RDPT lui font perdre le siège de sénateur.

Il a été conseiller territorial de 1957 à 1962. Tandis que Pouvanaa est en prison en métropole, le RDPT se déchire toujours davantage. Jean Florisson apparaît-il comme voulant un rapprochement avec J-B. Céran-Jérusalémy ou gêne-t-il tout simplement ? Marcel Oopa aurait dit de lui : « il faut se débarrasser de Florisson parce qu’il est trop intelligent et qu’il peut nous rouler un jour ». De fait, il est exclu du RDPT en 1961. Il rentre ensuite en métropole où il décède en mai 1996.

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