Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - L'autonomie "contenue"- Élus remarquables - Michel Law, Henri Bouvier, Jacques-Denis Drollet -

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L'assemblée territoriale.


MICHEL LAW

Né le 9 août 1931 à Papeete. Il est d’abord formé dans une école chinoise jusqu’au certificat d’études. Il prépare ensuite le BEPC à l’école des frères puis poursuit des études en Nouvelle-Calédonie et en métropole (lycée Henri IV). Il sort diplômé de l’École supérieure de Commerce de Paris en 1959. En 1962 il a un diplôme d’État d’expert comptable.
Il ouvre un cabinet d’expertise comptable à Papeete.
Il est le premier élu d’origine asiatique à l’assemblée territoriale en 1972 et y siège jusqu’en 1982. Il est intervenu fréquemment dans les questions économiques et fiscales. Il a fait partie des missions qui ont négocié le statut d’autonomie.
Il crée le Pupu Taina le 8 novembre 1976.
Il a été membre actif de plusieurs associations (Si Ni Tong, Kuo-Ming-Tang, associations sportives…) et a voulu maintenir et protéger la pharmacopée chinoise traditionnelle. Il s’est intéressé aux conditions d’existence des personnes âgées.
Il a beaucoup œuvré pour la communauté chinoise dont il se voulait le représentant auprès des autorités. Il a été décoré de l’ordre de Tahiti Nui.
Il est décédé le 16 août 2002 à Papeete




HENRI BOUVIER (1912-2005)

Curieux destin que celui de ce jeune homme fuyant une Europe dans laquelle il avait décelé les germes des déchirements et des désastres futurs. Il débarqua en 1932 à Tahiti, bouillonnant d’idées, mais surtout avec son talent de graveur acquis à l’école Boule. Pour lui, la Polynésie était bien - et devait rester - un paradis. Pourtant, il regarda d’un œil détaché l’agitation politique des années cinquante, même s’il s’y trouvait mêlé par les hasards de l’existence (en 1937, il avait épousé Pauline, la sœur de John Teariki).
En 1962, H. Bouvier apprit que le général de Gaulle avait choisi la Polynésie pour y expérimenter « sa » bombe. Peut-être est-il un des rares hommes de l’époque – avec Gérald Coppenrath qui chemina différemment – à mesurer à quel point la Polynésie serait bouleversée. Ce qui importait pour H. Bouvier, c’était la sauvegarde d’un milieu idyllique et de la santé de ses contemporains, et plus encore de leur descendance. C’est lui qui réussit, non sans mal, à convaincre John Teariki et le parti Here Ai’a de se lancer dans un combat anti-nucléaire farouche.
Engagé dans ce Here Ai’a dont il fut sans doute l’inspirateur et l’animateur, H. Bouvier mena de front deux combats : l’un contre le nucléaire et l’autre pour l’autonomie. Mais un popa’a engagé en politique locale, cela dérangeait et la classe politique en fit un bouc-émissaire. Ce qu’on n’osait pas dire à l’encontre de J. Teariki, on le lançait en termes virulents (et même choquants) à la tête d’H. Bouvier (voir la fiche sur le rapport Bouvier/Millaud). Il assumait crânement ces insultes en poursuivant sa route.
Il fut conseiller à l’assemblée de 1967 à 1977. Il présida la commission permanente.
Un différent familial avec J. Teariki l’éloigna de l’assemblée aux élections de 1977.

L’influence qu’il exerça sur la vie locale dérangea les autorités françaises jusqu’au plus haut niveau comme le montrent les Mémoires de Jacques Foccart (voir plus bas).
H. Bouvier n’inspirait pas seulement les discours de J. Teariki, il préparait aussi ceux de F. Sanford (comme le prouve la correspondance entre les deux hommes). Avec Daniel Millaud, il rédigea en 1967-69 un rapport sur l’autonomie, le socle sur lequel s’appuya le premier statut d'autonomie de 1977. En ce sens, H. Bouvier peut-être considéré comme l’un des pères de l’autonomie. C’est lui aussi qui persuada les leaders politiques de faire de Pouvanaa un sénateur après son retour d’exil, dans l’espoir que son mandat servirait à établir l’innocence du Metua.

H. Bouvier fonda le centre de formation des métiers d'art de Tahiti.

H. Bouvier garda longtemps une mémoire étonnante et sculpta avec habileté, même si les mains le faisaient souffrir. Retiré de la vie politique, il communiquait encore une sorte d’enthousiasme, même si ses propos paraissaient faussement désabusés. Il restait curieux de tout, attentif aux soubresauts politiques du Fenua et analysant les situations avec pertinence. Pour lui, les hommes politiques de Tahiti défendaient avant tout leurs intérêts propres ou ceux de leur milieu social. Mais il savait reconnaître le talent et l’honnêteté de certains hommes qu’il avait combattus.

La classe politique locale a trop oublié ce popa’a qui s’engagea avec tant d’ardeur pour défendre une Polynésie fragile contre les heurts d’un monde en effervescence, un homme pour qui la politique signifiait poser de vrais problèmes et non passer son temps à monter de sordides combinaisons ou à revendiquer pour défendre de médiocres intérêts.


Documents :

Jacques Foccart, qui rencontrait de Gaulle chaque soir pour faire le point sur les problèmes de l’outre-mer, évoque le nom d’H. Bouvier dans ses Mémoires.
En septembre 1966, J. Foccart rend compte de la visite de De Gaulle venu en Polynésie assister au second tir atomique. J. Teariki (que Foccart appelle Tera) a fait un discours au vitriol contre le nucléaire. J. Foccart écrit : « Tera a lu au Général une espèce de mémorandum qui avait été préparé par je ne sais trop qui, certainement pas par lui, mémorandum qui protestait contre l’explosion atomique et parlait des revendications des Tahitiens ». Le « je ne sais trop qui » était évidemment H. Bouvier. En date du 1er octobre 1968, J. Foccart écrit : « Bouvier est un leader de l’opposition très violent […] Le Général a commenté : Je ne connais pas ce Bouvier ».

Les archives de l’armée montrent le savant Francis Perrin, haut-commissaire à l’énergie atomique, excédé par la campagne anti-nucléaire de J. Teariki. Un des responsables de la DIRCEN vise expressément H. Bouvier « le triste sire qui agit derrière M. Teariki », qui rédige des textes « à l’allure savante », malgré des « notions de physique nucléaire sommaires ». Mais la conclusion du responsable (qui montre l’impact du rôle d’Henri Bouvier) est que « vis-à-vis du citoyen moyen, nous aurions sans doute peu de chances de passer un jour pour le vainqueur » [en luttant contre Teariki].




JACQUES-DENIS DROLLET

Né le 6 décembre 1923 à Papeete.
Le directeur de l’Ecole centrale, Roger Gillot incita les garçons à s’engager pour combattre les ennemis de la France.

Il s’engagea donc à 17 ans dans les Forces Navales Françaises Libres et combattit pendant toute la Seconde Guerre mondiale, notamment dans les îles Salomon (par exemple dans les îles Guadalcanal et Bougainville), sous les ordres de l’amiral américain B. Halsey, chef de la 3ème flotte US. Il appartenait en effet à une unité de « liaison » franco-américaine. Il fut également en mission sur le croiseur léger Triomphant qui participa à l’évacuation des îles à phosphates de Nauru et Ocean Island, au nez et à la barbe des Japonais.
Son attachement à la cause gaulliste devint un élément fondamental de sa vie politique.
Après la guerre, sous l’impulsion encore une fois de R. Gillot, il reprit des études puis partit en métropole préparer le baccalauréat. Il entra ensuite à l’école normale de Toulouse. Il entama une carrière d’instituteur à Tahiti et dans les îles et dirigea le syndicat de cette profession. Il se rapprocha de Pouvanaa plutôt que des gaullistes des ÉFO, estimant que seul le député incarnait réellement le peuple tahitien. Il entra au RDPT en 1956 et fut élu aux IDV aux élections territoriales du 3 novembre 1957.
Il fut nommé chef de cabinet du ministre de l’Éducation W. Grand et accepta difficilement les injonctions de J-B. Céran-Jérusalémy qui, président de l’assemblée et président du RDPT exigeait un rapport quotidien sur l’activité des ministères. Les deux hommes s’opposèrent fréquemment durant leur carrière politique.
J-D. Drollet prépara la délibération sur l’impôt sur le revenu qui finalement ne fut pas adoptée par l’assemblée. Lors du comité directeur du RDPT du 1er septembre 1958 qui débattait du référendum prochain, J-D. Drollet s’abstint de prendre parti, mais il avait essayé vainement de convaincre Pouvanaa que son intérêt était de voter OUI.
Après le référendum, il mit encore Pouvanaa en garde contre les dérapages possibles et l’incita à quitter provisoirement Papeete, là aussi sans résultat.
Après l’arrestation de Pouvanaa, il chercha à calmer le jeu politique et, en raison du retour au pouvoir du Général, souhaita que l’assemblée adoptât un vœu proclamant que « la Polynésie restât à jamais partie intégrante de la République française ». Pendant la discussion sur le rapport de Gérald Coppenrath qui devait mettre fin à l’application de la loi-cadre, il parla au nom du RDPT qui avait renoncé au projet de départementalisation. Il s’inquiéta surtout de la poussée démographique et des conséquences que cela aurait sur le plan social. Il posa la question de savoir comment le Territoire ferait « sans le concours financier de la France ».
Au cours du procès de Pouvanaa, J-D. Drollet expliqua que les militants RDPT se sentaient menacés par les bulldozers de G. Lévy, qu’il pensait à une manipulation et il fut, avec Jacques Tauraa, l’un des seuls responsables politiques à défendre avec énergie le député.
Les procès-verbaux de l’assemblée portent témoignages des interventions de J-D. Drollet parfaitement étudiées et argumentées, que ce soit pour l’intégration des Chinois ou pour la révision du statut.

Sur son rôle dans la location gratuite de Moruroa et Fangataufa à l’État, voir la fiche CEP/V. Cette affaire marqua profondément J-D. Drollet qui assuma courageusement la décision du 6 février 1964, alors que beaucoup d’élus n’avaient pas osé aborder franchement le problème. Dans un plaidoyer pro domo il expose fort clairement la façon dont le général de Gaulle le conduisit à accepter de jouer le rôle qu’il a tenu .

Après la dissolution du RDPT il n’adhéra pas au Here Ai’a. Il voulait « sortir le RDPT de ses cendres », car il pensait que, passé l’orage, le parti pouvait se reconstituer. L’appellation « Rassemblement Des Populations Tahitiennes » lui convenait parfaitement. C’était un héritage de la gauche qu’il affectionnait. Il regretta que la plupart des anciens leaders du RDPT aient cherché à se débarrasser de cet héritage. Ses efforts n’ayant pas abouti, il ne se représenta pas aux élections de 1967.

Il poursuivit sa carrière d’enseignant et géra le Service de l’Éducation territorial pendant quinze ans, apportant des réformes significatives pour l’amélioration du système scolaire local. Il fut aussi administrateur d’État et administrateur territorial des îles Australes.

Sa vie personnelle fut bouleversée par la disparition brutale de deux de ses enfants.

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