Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - L'autonomie "contenue"- Les parlementaires - Francis Ariioehau Sanford, Daniel Millaud -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Galerie des personnalités | 1953-1996. L’Assemblée territoriale | L'autonomie "contenue"- Les parlementaires - Francis Ariioehau Sanford, Daniel Millaud

L'assemblée territoriale.


FRANCIS ARIIOEHAU SANFORD

Né à Papeete, le 11 mai 1912, de parents originaires de Rikitea. Il exerça d’abord la profession d’instituteur à Fakarava avant d’être nommé chef de poste administratif des îles Gambier en 1939. L’année suivante, il rallia cet archipel ainsi qu’une partie des Tuamotu à la France libre. Cet acte lui valut d’être envoyé à Bora Bora en tant que représentant du Territoire auprès des forces armées américaines.

F. Sanford se présenta aux élections législatives du 24 novembre 1946. Il confia au gouverneur qu’il appartenait à un parti métropolitain, la SFIO (l’appellation du parti socialiste de l’époque), mais qu’il n’en avait pas fait état auprès des électeurs. Le gouverneur le jugea ainsi (l’histoire montrera qu’il se trompe) : « mi-français, mi-tahitien, jeune et un peu naïf, paraît sans avenir politique ». F. Sanford était un peu trop sûr de lui. « M. Sanford, en m’apportant sa déclaration, écrit le gouverneur, m’avait dit qu’il voulait faire échec à la candidature anti-française de Mme Pouvanaa (qui se présentait à la place de son mari) et qu’il jugeait devoir obtenir 70% des suffrages ». Il suivit attentivement la vie politique et apporta son soutien à A. Poroi dans le combat « anti-communiste ». F. Sanford voyait en effet dans le RDPT un danger communiste .
Il tenta à nouveau sa chance le 2 septembre 1951 contre Pouvanaa, mais ne recueillit que 5% des voix. Il était vu par le RDPT comme "un jeune... bien bâti et pas sot !" mais qui cherche sa voie : "il a déjà été de l'un à l'autre, en est revenu, est retourné sur ses pas, a humé le vent, puis est parti en flèche, il ne sait pas vers où, nous non plus".
Six fois, il se présenta à des élections, sans succès avant 1965.
F. Sanford reprit en 1947 ses fonctions d’instituteur et de directeur d’école, toujours prêt à s’engager politiquement. En 1957, il participa au premier regroupement des adversaires de Pouvanaa dans l’Union Tahitienne et fut désigné trésorier (poste qu’il n’occupa pas longtemps) de l’Union Tahitienne Démocratique formée en avril 1958. Il appela à voter OUI au référendum de septembre 1958.
En 1959, il fut nommé chargé de mission auprès du gouverneur pour contrer l’influence que Pouvanaa pouvait encore exercer sur la population, puis chef de son cabinet civil (1963). Il prévint le gouverneur Grimald qu’après son départ il se « lancerait » en politique.
Retiré de l’administration, il prit en effet une part plus active à la vie politique. En mai 1965, il devint le premier maire de Faaa, une commune à la croissance très rapide et désordonnée qui passa de 6 000 à 20 000 habitants, entre 1965 et 1977.
En juin 1965, F. Sanford fonda le E’a Api (voir fiche)
Le 19 mars 1967, il fut élu député (voir la fiche) avec l’appui du Gouvernement central malgré les réticences des gaullistes locaux. Il se détacha rapidement de ces derniers. Son parti connut un réel succès aux élections territoriales du 10 septembre 1967. Il s’allia alors avec J. Teariki. Il entreprit un long combat contre le CEP et pour l’autonomie. Il tenta de s’opposer à la réforme communale de 1971 dans laquelle il voyait une volonté du Gouvernement de départementaliser le Territoire (voir la fiche). D’une façon générale, il combattit durement l’administration et le mouvement politique dirigé par R. Bambridge puis G. Flosse. Son ambition était de « modifier résolument les mœurs politiques de ce pays où les élus n’œuvrent qu’en faveur de leurs amis, sans tenir compte de l’intérêt général » .
Il fut réélu député en juillet 1968 avec J. Teriki pour suppléant, réélu encore en 1973 contre G. Flosse malgré les obstacles dressés par l’Administration. Démissionnaire le 17 juin 1976 pour prouver que les autonomistes sont majoritaires, il fut réélu contre G. Flosse le 12 septembre suivant.
Après la crise politique de 1976 et l’occupation de l’assemblée, il réussit à obtenir le statut d’autonomie de 1977. Après la victoire électorale du Front Uni, le 29 mai 1977, il devient vice-président du conseil de gouvernement le 22 juillet. Pour se consacrer pleinement à cette fonction, il démissionna de son mandat de député et laissa son siège de maire à Alfred Helme.

La vice-présidence de F. Sanford fut émaillée de nombreux problèmes : attentats en 1977, scandales d’Enerpol et des Tissages tahitiens. Il vieillit également et sa santé n’était pas toujours bonne. Il envisagea à plusieurs reprises de se retirer pour laisser la place à un plus jeune. La coalition qui le soutenait se divisa et F. Sanford donna l’impression d’un homme bien seul quand le Tahoera’a de G. Flosse donnait une image de jeunesse et de dynamisme. Alors qu’il se contentait du statut de 1977, G. Flosse le prit à contrepied en demandant un statut qui fût réellement d’autonomie interne. Les contradictions de F. Sanford lui nuirent également. Alors qu’il soutenait F. Mitterrand ardemment en 1974, il le combattitvigoureusement en 1981 en soutenant Giscard d’Estaing.
Avec la scission d’Émile Vernaudon, son parti s’affaiblit davantage. Maco Tevane et Frantz Vanizette fondèrent leur propre mouvement. Le résultat des élections territoriales de 1982 fut catastrophique pour F. Sanford (y compris dans son fief de Faaa) qui est le seul élu de sa liste.
F. Sanford resta conseiller territorial et finit par se rattacher au groupe d’É. Vernaudon…
Il encouragea Jean-Marius Raapoto à renouveler le parti qui s’appela alors Te E’a No Maohinui. Pour jouer désormais le rôle de « vieux sage », F. Sanford en fut le président d’honneur.
Il décida de se retirer de la vie politique, le 17 octobre 1985 à l’annonce d’une dissolution prochaine de l’assemblée. Cela ne l’empêcha pas de donner régulièrement son avis sur la vie politique, soutenant le maire de Faaa, Oscar Temaru, mais méfiant à l’égard de l’idée d’indépendance. Du reste, sa position, comme celle de J. Teariki, sur l’indépendance, est difficile à suivre. Il l’utilisa davantage comme une arme pour obtenir l’autonomie que pour construire un État. En février 1977, il considéra que l’autonomie était dépassée et qu’il lutterait désormais pour l’indépendance . Il est vrai qu’il était alors en pleine négociation avec le Gouvernement. En 1981, il déclara : « l’indépendance est une chose importante, mais je ne la crois pas opportune à l’heure actuelle » . Il pensait que les choses étaient allées trop vite et que la formation des cadres n’avait pas suivi l’évolution statutaire.

F. Sanford décéda le 21 décembre 1996.




DANIEL MILLAUD

Né le 26 août 1928 à Papeete, fils de Jules Millaud, éleveur à Atimaono.
Après l’école primaire chez les sœurs et les Frères de Papeete, il part suivre des études secondaires à l’école Saint-Elme à Arcachon dans en Gironde. Il obtient un baccalauréat de philosophie en 1946. De 1946 à 1951, il prépare son diplôme de chirurgien-dentiste et revient à Tahiti pour y exercer sa profession.
Son oncle Jean Millaud qui avait président de l’assemblée représentative le pousse à s’engager en politique.
Il est élu au conseil municipal de Papeete en 1966 (après un échec en 1963) sur la liste de Tetua Pambrun et il est réélu en 1971 et 1977. Adjoint au maire de 1971 à 1973, il est chargé de remettre de l’ordre dans les finances de la commune (un énorme gaspillage de carburant notamment).

F. Sanford le fait entrer au E’a Api et le place en position éligible pour les élections territoriales de 1967 pour qu’il défende la revendication d’autonomie. Il fut président du groupe E’a Api de 1967 à 1977. Il démissionna de l’assemblée pour se consacrer à son mandat de sénateur.
À l’assemblée territoriale, il défendit brillamment ses idées et les dossiers qui lui étaient confiés. Il prépara avec H. Bouvier le rapport adopté en 1969 sur l’autonomie interne (voir la fiche). Ses interventions étaient toujours courtoises et empreintes d’humour.
Il combattit pour la contraception fut adoptée sur le Territoire malgré l’opposition des Églises. Il considère comme un titre de gloire d’avoir été appelé « le père la pillule ».
En septembre 1971, Pouvanaa fut élu sénateur suite à un accord entre le E’a Api et le Here Ai’a. Pouvanaa appartenant au second, le suppléant devait appartenir au premier. D. Millaud fut choisi, ce qui lui permit de succéder au Metua après le décès de celui-ci en janvier 1977.
D. Millaud prit très au sérieux son mandat de sénateur qu’il exerça jusqu’en septembre 1998.
Inscrit à des groupes centristes, il considérait que leur positionnement politique correspondait bien à sa personnalité qui refusait de mettre en avant une étiquette politique. Il participa à diverses commissions toujours activement et reprochant à nombre de ses collègues d’ignorer les problèmes des lois qu’ils votaient ou refusaient.
Lors du débat statutaire pour l’autonomie interne entre 1981 et 1984, le sénateur Millaud intervînt fréquemment et surenchérit même sur les revendications de G. Flosse. Il proposa un statut d’État associé. Le projet que défendait Edgard Pisani à Nouméa rendait ce concept d’actualité. Le sénateur estima que cette formule clarifierait la revendication autonomiste pour qu’elle ne fût plus entendue comme une porte ouverte à l’indépendance : « Il faut que nous restions français et que le parapluie français demeure pour protéger la Polynésie qui vit dans un environnement anglo-saxon ». Sa crainte était qu’en cas d’indépendance, la Polynésie deviendrait le « satellite » d’une puissance étrangère. Ce serait aussi une alternative au « chantage » : maintien dans la République ou « largage ».
Le sénateur entreprit une série de démarches pour une révision de la Constitution et le retour à une formule proche de celle de l’Union française (Constitution de 1946). L’échec d’Edgard Pisani en Nouvelle-Calédonie ne lui facilita pas la tâche et la formule ne fut pas retenue. L’État associé n’en demeure pas moins une idée qui refait surface régulièrement.
Finalement, il vota pour le statut de 1984 pour ne pas faire la politique du pire.
Au Sénat, il se fit le pourfendeur de l’Union Européenne dont il pensait qu’elle négligeait les TOM par méconnaissance des problèmes ou par mauvaise volonté délibérée des « sphères parisiennes » (D. Millaud dixit).
Le E’a Api perdant de son influence, F. Sanford tenta un renouveau avec une nouvelle équipe, se contenta du titre de président d’honneur d’une nouvelle formation appelée Te E’a no Maohinui. Le parti tint son premier et unique congrès le 17 août 1985. D. Millaud en assura la présidence avec deux vice-présidents (Jean-Marius Raapoto et Marcel Millaud). Le parti considérait qu’après trois années de vice-présidence et de présidence de G. Flosse, on avait à faire à « un pouvoir dévoyé ». Il proposa une « moralisation de la vie politique », une meilleure justice fiscale et un gouvernement se gardant de toute dépense somptuaire. D. Millaud apparut parfois comme un recours lors des crises politiques.
Les ennuis de santé de D. Millaud ne lui permirent pas de diriger le parti effectivement. Les résultats électoraux du parti furent décevants et des rivalités internes aboutissent à l’éclatement en 1988. D. Millaud se désolidarisa de certains membres du parti.
L’engagement proprement politicien de D. Millaud s’arrêta là.
En 1998, il ne se représenta pas aux élections sénatoriales et se retira de la vie politique qu’il suivit cependant avec attention.
La faiblesse de D. Millaud a été de ne pas parler le reo maohi et d’apparaître comme trop peu « tahitien ». Son style, sa courtoisie et son obstination à étudier à fond les dossiers le mettaient en marge de la classe politique locale… qui l’appréciait néanmoins.

Retour en haut de page