Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - 30 août-2 septembre 1956 -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Les événements marquants | 1953-1996. L’Assemblée territoriale | 1953-1957. L'instabilité | Visite du général de Gaulle

La visite du général de Gaulle

1) 30 août-2 septembre 1956

Le général de Gaulle est arrivé à Tahiti le 30 août 1956. Ce jour-là il a prononcé des discours place du Maréchal Joffre, à l’assemblée territoriale et à la mairie de Papeete. Le lendemain, il était à Taravao. Le 1er septembre, il a visité Huahine puis Raiatea. Il a quitté Tahiti le 2 septembre.

Lorsque de Gaulle arrive à Tahiti, il n’a plus de fonctions politiques et il ne semblait plus avoir d’avenir politique. Néanmoins, on lui attribue parfois une telle puissance que certains pensent qu’il était venu pour préparer l’arrivée du CEP.

Le discours (voir doc) qu’il a prononcé (et traduit par John Martin) place du Maréchal Joffre (l’actuelle place Tarahoi), a suscité bien des commentaires a posteriori et encore aujourd’hui, il est utilisé comme preuve de la “perfidie” de la France à l’égard de ce Territoire. Il est vrai que le Général a prononcé - comme à son habitude - des phrases qui peuvent prêter à toutes les interprétations. Il faut le lire avec la plus grande attention et faire preuve de prudence.

Le contexte du voyage

Depuis décembre 1955, quand il a mis son parti - le RPF. - en sommeil, de Gaulle annonce qu’il ne se mêlera plus de politique. Il publie néanmoins ses Mémoires. Cette période est connue sous l’appellation “la traversée du désert”, ce qui ne l’empêche pas de souhaiter visiter les territoires français d’Outre-Mer, façon certainement de renouer avec la grande époque des ralliements à la France libre de 1940. Il y a bien de la nostalgie lorsqu’il évoque devant les Tahitiens les circonstances de ce ralliement dans une grande envolée lyrique :
Tahiti, quand la France roulait à l'abîme, Tahiti n'a pas cessé de croire en elle. Vous étiez dans cet océan aux antipodes de moi-même qui me trouvais comme un naufragé du désastre sur le rivage de l'Angleterre et en même temps, vous tous et moi, nous avons pensé et nous avons voulu la même chose. Nous avons pensé, et nous avons voulu que la France ne devait pas être serve, humiliée, honteuse, mais qu'il fallait lutter pour sa libération, pour sa victoire et pour sa grandeur”.

Après un voyage avorté en 1954, invité par les associations d’anciens combattants (et l’assemblée territoriale des ÉFO (1), ainsi que par le conseil général de Nouvelle-Calédonie), il entreprend un long voyage, en août 1956.

Il emmène quelques fidèles : Olivier Guichard (chef du service de presse au Commissariat à l'Énergie Atomique), Jacques Foccart (son conseiller pour les affaires d'Outre-Mer), le colonel de Bonneval (son aide de camp), Jean Mauriac (journaliste à l'agence France-Presse (2)) et Roger Frey (natif de Nouvelle-Calédonie, à l'époque secrétaire général d'un petit parti qui se réclame du Général). Il ne souhaitait pas être accompagné de journalistes, mais finit par accepter une équipe de Paris-Match.

Il s’embarque avec son épouse pour un long périple qui le conduit à la Guadeloupe, à la Martinique. C'est toujours en bateau qu'il passe par le Canal de Panama pour gagner le Pacifique.


Transfert du Général De Gaulle en pirogue


Il prend Le Calédonien pour venir en Océanie (les ÉFO, les Nouvelles-Hébrides et la Nouvelle-Calédonie) pour accomplir un voyage triomphal (3). Peut-il espérer quelque chose de la visite à ce qu’il a appelé un jour “des poussières sur l’Océan” ? À l’époque, les sondages révèlent que moins de 10 % des Français seulement pensent qu’il pourrait jouer à nouveau un rôle politique. Lui-même espère-t-il encore en son destin ? Si on se réfère à ses propos tenus à Tahiti, il laisse entendre une chose et son contraire. « Il se peut qu'avant longtemps, j'ai encore besoin de faire appel à vous » dit le Général aux anciens combattants rassemblés à l'école de Mamao. Place Joffre, il évoque la situation difficile dans laquelle se trouve la France. Dans la dernière partie de son discours il est question de « l'affaiblissement apparent et momentané de la France ». Mais celle-ci « est appelée de nouveau à un très grand rôle mondial », qu’il situe dans « le lointain de l'avenir ». Il semble donc plutôt pessimiste quant à la perspective de son propre retour au pouvoir, car il n’imagine pas qu’un autre que lui puisse redonner à la France “sa grandeur”. Ses discours à Nouméa vont encore davantage dans ce sens.

(1) Le 18 juin 1954, A. Poroi avait remis cette invitation au Général.
(2) Jean Mauriac fait un récit très coloré de « La croisière du Général », 48 ans après, dans Le Nouvel Observateur, 17 juin 2004.
(3) Voir le documentaire réalisé par Bernard Baissat, 1956, La grande tournée outre-mer du général de Gaulle, diffusé sur RFO Polynésie, le 20 septembre 2006.

[J.M.Regnault]


30 août-2 septembre 1956 0 < De Gaulle et les Tahitiens 1 < De Gaulle et l’énergie atomique 2 < De Gaulle en voyage 3

Retour en haut de page