Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Gerald Coppenrath -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Histoire de l'institution | 1953-1996. L’Assemblée territoriale | 1957-1959 . La première autonomie interne | Les élus remarquables

Les élus remarquables

Gerald Coppenrath (1922-2008)

Gérald Coppenrath est né le 27 avril 1922 à Papeete. Il est le descendant d'un Allemand installé à Tahiti en 1877 et fondateur d'une grosse maison de commerce.
La famille Coppenrath est fort peu métissée (ce qui est rare à Tahiti). En 1931, Gérald est envoyé à Poitiers (collège des jésuites) et suit des études de droit et d'anglais. Il ne retrouve Tahiti qu'en 1948. Pendant la guerre, avec son frère Michel, futur archevêque de Tahiti, il participe à la Résistance (mouvement Défense de la France) et se cache dans le bocage vendéen. En 1943, il ne répond pas au Service du Travail Obligatoire. Après un bref passage chez les FTP, il rejoint le Maquis Joël de l'Armée Secrète et lutte contre l'Armée allemande et la Milice jusqu'à la Libération de Poitiers, début septembre 1944. Il rejoint alors Noirmoutier en face de la "poche" de résistance allemande de Saint-Nazaire.
De retour à Tahiti, en 1948, il est inscrit au barreau de Papeete où il fait carrière jusqu'en 1985. En 1973, il en est le premier bâtonnier. Tandis qu'un puissant mouvement nationaliste se développe à Tahiti, Gérald Coppenrath cherche à défendre l'appartenance du Territoire à la France. Il redoute les effets de l'application de la loi-cadre Defferre qui risque de distendre les liens avec la France. Il s'engage alors dans une nouvelle formation politique, l'Union tahitienne. Il est élu conseiller à l'assemblée territoriale en novembre 1957, mais fait partie de la minorité. Avec son parti, il tire profit des divisions des autonomistes : le 8 juin 1958, il est élu (sous l'étiquette des Républicains-sociaux) au Conseil de la République, assemblée qui, de fait, est suspendue. Il milite activement pour une réponse positive au référendum du 28 septembre 1958 (le OUI obtient 64 % des voix). Après l'arrestation du leader nationaliste, le député Pouvanaa a Oopa, Gérald Coppenrath propose à l'assemblée territoriale d'adopter un statut qui dépolitise l'exécutif local. Son rapport est repris par l'ordonnance du 23 décembre 1958, mettant fin aux dispositions essentielles du statut d'autonomie de 1957. Il pense qu’au bout de quatre ans, il sera possible de revenir à la loi-cadre. Le CEP contrarie cette espérance.

Gérald Coppenrath est réélu sénateur le 26 avril 1959 et adhère au groupe UNR. Il fait partie des sénateurs qui ne sont élus que pour trois ans. En 1962, il est victime des querelles internes aux milieux gaullistes polynésiens et de la coalition des grands électeurs protestants contre lui. Il n'est pas réélu.
Inquiet de l'installation prochaine du Centre d'expérimentations nucléaires à Moruroa, il tente d'alerter les élus locaux sur les conséquences néfastes des essais sur les populations projetées brutalement dans une économie nouvelle. Le 11 juillet 1962, G. Coppenrath déclare au Sénat :
« Que serait-ce si des essais avaient pour cadre un point quelconque de la Polynésie ? Cela impliquerait des transferts de population, car il faudrait que plusieurs centaines au moins de personnes abandonnent leurs terres. Ce ne sont pas des nomades… ce sont des gens accrochés à leur sol. Quoi qu’on en dise, cela impliquerait aussi des risques d’irradiations à plus ou moins long terme… C’est pourquoi j’ai estimé de mon devoir de vous dire et de vous prier de dire au Gouvernement que la construction d’un polygone d’essais nucléaires en un point quelconque de la Polynésie se heurterait à une véritable résistance des populations… »

Le sénateur approuvait le principe de la force nucléaire française, mais il pensait que la France devait prendre d’infinies précautions et rechercher des bases plus isolées (Clipperton ou les Kerguelen par exemple). Il se rallie à la création de ce Centre, par fidélité à de Gaulle. Cela ne l’empêche pas de poursuivre son combat pour limiter les effets de l’implantation du CEP. C’est presque une analyse prophétique à laquelle il se livre alors :
« […] La venue de quatre à cinq mille personnes, pour une bonne part sous l’uniforme, dans une petite ville, n’est pas sans imposer des contraintes : montée des prix, des salaires, impression qu’on veut nous imposer par la force les projets de la Défense nationale… Certes des compensations sont promises… mais le bénéfice se fera sentir dans quelques années. Il faudrait dans l’immédiat donner un coup de pouce à l’agriculture. [Ce serait] peu de choses à côté des milliards d’investissements du Centre […] Le tourisme authentique est partiellement compromis. Les habitants vont se tourner vers des activités artificielles et quand, au bout d’un nombre d’années difficile à déterminer, le centre cessera d’exister, les habitants devront retourner à des activités traditionnelles peu rémunératrices… »

Il mit encore en garde le Gouvernement contre toute mesure arbitraire à l’égard du RDPT, le parti de Pouvanaa. On sait pourtant que le Gouvernement central n’a pas écouté et a dissous le RDPT en novembre 1963.
Des querelles entre gaullistes ne permettent pas sa réélection de conseiller territorial en 1967. Il tente de constituer un nouveau parti, le Ia Ora O Polynesia, qui fusionne en 1970 avec le parti du syndicaliste Charles Taufa ; cela donne naissance au Te Autahoeraa qui ne connaît qu’un succès momentané. Pour autant, il reste fortement engagé et n’hésite pas à critiquer son propre camp. Par exemple, en 1970, le Gouvernement central prépare une loi qui étendra à toute la Polynésie le système communal. Officiellement, il s’agit de « promouvoir les populations polynésiennes » (Pierre Mazeaud dixit) En réalité, il s’agit surtout d’affaiblir les autonomistes majoritaires à l’assemblée et de permettre à l’État de prendre en main les nouveaux élus municipaux. G. Coppenrath n’a pas été dupe de la manœuvre. Lui qui combattait pourtant les autonomistes parce qu’il estimait que la Polynésie n’était pas prête à se gérer elle-même, a alors écrit à Jacques Foccart : « Le projet d’imposer l’établissement de communes à l’ensemble d’un territoire qui ne s’y prête ni par sa géographie, ni par l’évolution insuffisante de certains de ses archipels, apparaît inspiré par le souci de priver l’assemblée territoriale d’une partie de ses attributions et de conduire à pas feutrés vers la départementalisation ».
Pour Gérald Coppenrath, la départementalisation serait la pire des solutions. La Polynésie serait soumise à peu de choses près à la même législation que l’ensemble de la France. Ce serait nier les particularités locales et l’originalité du Territoire. Là, il se sent davantage polynésien que français et n’accepte pas que des manœuvres de Paris – avec l’aide de quelques leaders locaux, dont il est pourtant proche – puissent aboutir par tactique à courte vue à nier la réalité locale. S’attaquer aux particularismes polynésiens serait un retour en arrière.
Il intervient encore dans la vie politique, surtout pour défendre des convictions chrétiennes. À ce titre il soutient la candidature de Michel Débré en 1981. Il poursuit également un engagement dans les mouvements associatifs du monde agricole polynésien, des parents d'élèves (APEL) et dans l'Union des Combattants volontaires. Son engagement catholique se traduit aussi par sa participation à la Commission Justice et Paix.
Dans le monde politique local, il a gardé l'image d'un homme d'un homme d’une honnêteté scrupuleuse, d'une grande dignité dans les débats avec ses adversaires.
Marié en 1949 avec Claude Thiriel, il a eu huit enfants.
Il a publié plusieurs articles et ouvrages :
- "L'évolution politique de la Polynésie française depuis la Première guerre mondiale", Paris, JSO, T. XV n° 15, 1959, p. 237 à 265.
- Les Chinois de Tahiti, de l’aversion à l’assimilation, 1865-1966, Publications de la Société des Océanistes, n° 21, Paris, 1967, 148 p.
- La délégation d’autorité parentale, prélude à l’adoption en Polynésie française, Haere Po, 1990.
- La terre à Tahiti et dans les îles. Histoire de la règlementation foncière. Perspective d’avenir, Papeete, Haere Po, 2003, 330 p.
G. Coppenrath est le père de deux filles qui jouent un rôle important dans la vie politique locale : Béatrice Vernaudon et Armelle Merceron.
Il est décédé le 4 novembre 2008.

Gerald Coppenrath 0 < Rudolf Tanahe Bambridge dit Rudy 1

Retour en haut de page