Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - L'ascension politique et sociale d'un Mangarévien devenu maire de Pirae -

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Le sénateur

Gaston Flosse

L’ascension politique et sociale d’un Mangarévien devenu maire de Pirae (1)

Né le 24 juin 1931 à Rikitea aux îles Gambier, Gaston Flosse est le type même du Demi qui revendique de façon constante son profond attachement à la France et à la Polynésie.
Son père est un métropolitain venu aux Gambier pour s’occuper du commerce des nacres. Sa mère, Claire Mamatui, est une “pure mangarévienne”. Le jeune Gaston vécut ses premières années partagé entre les deux langues. Ses parents venant s’installer à Tahiti, il est maintenu dans le milieu mangarévien car il a été élevé dans une famille faamu qui ne parlait correctement que le mangarévien. En pension chez les frères de Ploërmel pendant neuf ans, il a appris l’histoire de la France et sa géographie, avant d’entendre parler de Tahiti. Les “grands hommes” l’ont fasciné, en particulier le général de Gaulle. La visite du Général en 1956 aurait servi de révélateur : “ce qui m’a frappé, c’est sa vision de ce que serait la Polynésie dans cette zone, son avenir, le nôtre”.

G. Flosse devient instituteur chez les Frères. Il a quelques difficultés à assurer une vie correcte à sa famille et donne des leçons particulières pour améliorer le quotidien. Chez les Frères, il rencontre Franck Richmond membre du RPF, le parti du général de Gaulle, mais G. Flosse prétend ne pas s’être occupé de politique jusqu’en 1957. C’est sous la pression de F. Richmond qu’il accepte de s’engager politiquement en 1957, à l’occasion des élections territoriales, mais également sous la pression de Walter Grand, président sortant de l’assemblée, “grand ami” de son père. G. Flosse figure sur une liste « France-Tahiti » alliée au RDPT... Ainsi, G. Flosse fait ses débuts en politique sur une liste pseudo-RPF, alliée aux adversaires les plus farouches de ceux qui vont soutenir le général de Gaulle quelques mois plus tard (2). Les débuts sont décevants puisque la liste “France-Tahiti” ne recueille que 376 voix. G. Flosse supporte mal l’échec et se décide à aller trouver le leader de la liste rivale, Rudy Bambridge. Il s’agissait de réagir à l’échec et de “relever un défi, pour dire que nous ne sommes pas si nuls que ça”.
Au cours de l’année 1958, il devient membre de l’Union tahitienne démocratique (UTD) dont le but est le renversement de Pouvanaa, devenu vice-président du conseil de gouvernement. Il est chargé, avec R. Bambridge, d’aller implanter le parti aux îles Marquises et de préparer la campagne du référendum. L’archipel était plutôt favorable au RDPT. Après le départ de R. Bambridge, G. Flosse reste sur place et, aidé par le chef de Fatu-Hiva, soutenu également par le clergé catholique, il réalise un travail efficace : le OUI au référendum obtient pratiquement 90 % des suffrages.

G. Flosse devient président de la section UTD de Pirae où il réside et, peu à peu, un des principaux responsables du parti sur le plan territorial. En même temps, il entre au service de R. Bambridge, avocat et homme d’affaires qui lui confie de plus en plus de responsabilités dans la gestion des sociétés qu’il dirige (l’hôtel Tahiti Village, les assurances GFA). Ainsi, l’ascension politique de G. Flosse est parallèle à une ascension sociale. G. Flosse a une admiration sans bornes pour R. Bambridge : “c’était vraiment mon père spirituel ; avec lui, j’ai pris le goût du travail”.

En mai 1963, lors du renouvellement des conseils de districts, G. Flosse tente sa chance contre le chef sortant, Tihoni Tefaatau, membre du RDPT. Face à un chef bien implanté, d’une vieille famille qui a dirigé le district, il fait figure de hotu painu (= un étranger, quelqu’un qui passe seulement). De plus, il est catholique dans un district où le protestantisme est très bien implanté. Cependant, il a des atouts non négligeables en main et sait les utiliser auprès d’un électorat encore peu nombreux (3) :

  • son père était installé à Pirae où il faisait figure de notable. Lui-même résidait à Pirae avec sa femme, Barbara Cunningham, épousée en 1951, qui appartient à une ancienne famille du district, les Rey et elle est protestante.
  • G. Flosse rallie les protestants. Le second de liste, Tati Putoi, est non seulement protestant, mais aussi l’ancien adjoint du chef sortant. Tati Putoi mène une campagne efficace et sur la liste figurent également d’autres diacres protestants.
  • les grandes familles du district ont un représentant sur la liste de G. Flosse ou sont acquises à son camp.
  • d’autres petits groupes semblent lui avoir apporté un soutien : des travailleurs marquisiens, des militaires et des fonctionnaires métropolitains...
  • la présence d’une troisième liste gêne davantage T. Tefaatau que G. Flosse.
  • le thème de la modernité a beaucoup été utilisé par G. Flosse et les membres de sa liste, plus jeunes en général que ceux de la liste adverse. Tandis que T. Tefaatau fait campagne en rappelant que c’est dans sa propre maison que se déroulent les activités liées à la chefferie, ses concurrents expliquent que le temps est venu d’ouvrir une maison de chefferie avec du personnel et un tavana actif.

G. Flosse l’emporte, non sans difficultés, par 287 voix contre 214, la troisième liste obtenant 194 voix. Élu dans une triangulaire avec 41,20% des voix, il augmente rapidement son potentiel électoral. Le nouveau chef de Pirae se met à la tâche et commence à transformer le district et développe habilement son implantation. Il reçoit alors des soutiens efficaces. Le 6 janvier 1965, un nouveau conseil de gouvernement est désigné dans lequel il devient une sorte de ministre, chargé de l’agriculture. Outre cette promotion, il reçoit l’appui du nouveau gouverneur, Jean Sicurani (considéré par G. Flosse comme le meilleur des gouverneurs) qui accepte de transformer le district en commune. Cette transformation doit en effet doter les élus de moyens matériels et financiers que les conseillers de district n’avaient pas. Un référendum ayant approuvé la transformation à la quasi-unanimité, de nouvelles élections permettent à G. Flosse de l’emporter largement cette fois (864 voix contre 409 à T. Tefaatau) et de devenir maire.

G. Flosse fait de Pirae une véritable commune : il ouvre des écoles, un marché, fait nettoyer le cimetière, ramasser les ordures, élargir les routes et y installe l’électricité. Il contrôle aussi l’urbanisme, de sorte que la commune soit essentiellement résidentielle et que la population lui soit plus facilement acquise (4). Les résultats parlent d’eux-mêmes : jusqu’en 1995, il est constamment réélu avec des scores qui varient entre 65 et 84 %.

(1) Cette partie de la biographie de G. Flosse a été réalisée à partir d’entretiens avec le président ou avec ses proches.
(2) Sur le site de la présidence, la fiche de G. Flosse occulte cette entrée en politique et prétend qu’il ne s’est engagé politiquement qu’en avril 1958 (soit directement dans un parti gaulliste…).
(3) Les élections aux conseils de districts manquent d’enjeu véritable en raison des pouvoirs limités qui leur sont attribués. La population du district de Pirae est de 4 218 habitants, le 1er mars 1963. Un sixième de la population seulement a voté.
(4) Si aucune étude approfondie n’a encore été établie sur la répartition sociale des suffrages, il apparaît par divers indices (résultats par bureau de vote, présence dans les meetings, listes d’adhérents...) que les milieux défavorisés ont plutôt tendance à voter pour les partis favorables à l’indépendance, mais que ce constat mérite de nombreuses nuances, tout comme le schéma inverse qui ferait de G. Flosse l’homme de la bourgeoisie ou des classes moyennes. Tous ces termes (milieux défavorisés, bourgeoisie, classes moyennes), dont le sens est déjà discutable en métropole, ne s’appliquent que marginalement en Polynésie.

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