Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le chef de parti -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Histoire de l'institution | Depuis 1996 : l'Assemblée de la Polynésie française | 1996-2004 : l’autonomie | Gaston Flosse | Le chef de parti

Le sénateur

Gaston Flosse

Le chef de parti

Au sein de son parti, l’UT-UNR, il milite contre les tendances autonomistes et notamment contre F. Sanford et J. Teariki.

En avril 1958, était créée l’Union tahitienne démocratique (UTD) qui se mua en parti politique après le retour du général de Gaulle au pouvoir.
L’UTD reçut l’aide du parti gaulliste, l’UNR, et du Gouvernement central. En 1962, l’UTD se divisa en perdant A. Poroi et ses amis.
Autour de R. Bambridge, G. Coppenrath et G. Flosse qui émergeait progressivement, se créa l’UT-UNR, remplacée en 1968 par l’UT-UDR (1). Le gaullisme était désormais bien implanté en Polynésie, même s’il resta longtemps encore minoritaire. Les relations entre les gouverneurs et l’UT-UNR étaient étroites. Les chefs de service du gouverneur rédigeaient des questions que les conseillers UT-UNR de l’assemblée posaient au sein de l’hémicycle. Cela n’empêchait pas des heurts entre certains élus UT-UNR et les administrateurs d’État. L’Église catholique et l’Armée apportaient également un soutien appuyé au parti (2).

Le comité directeur de l’UT-UDR réuni le 24 juillet 1971 prit une décision importante. R. Bambridge souhaita laisser la place de président à G. Flosse qui occupa dès lors une place de premier plan dans la vie politique polynésienne. Devenu président d’honneur du parti, il s’expliqua lors du congrès de l’UT-UDR, en présence de René Tomasini, secrétaire général de l’UDR :
"Il fallait éviter la sclérose […] j’ai cru de mon devoir de demander à une personnalité plus jeune qui avait fait la preuve de son sens de l’organisation de prendre la relève. Ceci malgré votre avis [René Tomasini] et de celui de nos amis métropolitains. Vous pouvez maintenant être rassurés […] le nouveau président de l’UT-UDR est efficace" (4 mars 1972).

Peu à peu, les gaullistes locaux comprirent que pour l’emporter un jour, il leur faudrait prendre des « couleurs locales », comme l’avaient déjà fait les autres partis. Ce fut réalisé avec la création du Tahoera’a Huira’atira, appellation décidée au congrès de 1972.
Le changement de nom n’est qu’un élément de la transformation. L’emblème du parti devînt le fei, ce fruit de couleur orange avec un régime qui monte vers le ciel. Chaque fei est attaché solidement autour de la tige centrale. Les fruits serrés les uns contre les autres symbolisent les militants unis autour de leurs dirigeants et « en particulier de leur chef » (3). Aux élections législatives de 1973, les bulletins de vote de G. Flosse sont de couleur orange.

Toutefois, l’utilisation du nouveau nom ne devînt courante que progressivement. Aux élections territoriales de septembre 1972, comme aux législatives de 1973, le parti porte le nom complexe d’Union Tahitienne-Tahoera’a maohi UT-UDR. En mars 1975, G. Flosse s’exprime au nom du Tahoera’a Huiraatira et de l’UT-UDR.
Si le site internet du parti indique que le parti est devenu le Tahoera’a Huira’atira en 1977, c’est parce qu’à cette date l’appellation officielle (UT-UDR) disparut. Il est vrai qu’en métropole l’UDR fut aussi remplacée par le RPR. Le parti orange était désormais indépendant du parti français, même si ses leaders appartenaient au RPR.
Le Tahoera’a - qui en changeant de nom orientait son action de plus en plus en la teintant des particularismes polynésiens - allait-il relâcher complètement les liens avec un parti métropolitain ? Certes, en Polynésie, l'apparentement à un parti métropolitain a peu de signification. Le parti local joue toujours son propre jeu sans tenir compte de la politique nationale. Mais il se trouve que G. Flosse était présent à Egletons en Corrèze, lorsque J. Chirac créa le RPR, le 5 décembre 1976. De ce jour daterait la profonde amitié qui unit les deux hommes.
Des membres du Tahoera’a, dont G. Flosse, firent partie du Comité central du RPR, mais les partis restèrent structurellement séparés. C’est à l’Assemblée nationale que les rapports avec le RPR pouvaient poser problème puisque G. Flosse était inscrit au groupe RPR. C’est ainsi que lorsque G. Flosse déposa une proposition de loi sur l’autonomie en mars 1980, Pierre Messmer refusa de la signer et plusieurs députés des DOM-TOM, dont Jacques Lafleur, exprimèrent leur mécontentement. G. Flosse aurait menacé de démissionner du RPR si l’ensemble du parti n’apportait pas un soutien à J. Chirac qui, lui-même, appuyait la proposition de loi. En décembre 1980, le RPR se rangea aux propositions de G. Flosse (4).
Lors de l'alternance de 1981, G. Flosse avait obtenu de J. Chirac la possibilité de ne pas toujours suivre le groupe RPR de l’Assemblée nationale, dès lors que les intérêts de la Polynésie (en particulier l’obtention de l’autonomie interne grâce à la politique de décentralisation) seraient supérieurs à la solidarité du groupe RPR.

Chef de parti depuis 1972, G. Flosse forgea un instrument efficace, disposant de nombreux relais dans la société (les Socio-professionnels du Tahoera’a, mouvements de jeunes, le Club 89, l’appui de dirigeants de syndicats, des responsables religieux…). Le parti et son chef attiraient les élites, séduisaient les membres des partis qui, un moment, s’étaient alliés avec eux… Les services de communication, disposant de gros moyens, étaient souvent performants. Les capacités de mobilisation lors des meetings étaient puissantes. Les fédérations et les sections couvrirent l’ensemble du pays. Les maires et les conseils municipaux de la quasi-totalité de la Polynésie se rallièrent au gouvernement présidé par G. Flosse et/ou au Tahoera’a. Le nombre d’adhérents au parti fut colossal par rapport à ce que l’on trouve en métropole par exemple. En gros, il y avait autant d’inscrits qu’il y avait d’électeurs. Cela permettait à G. Flosse de prévoir – mieux que les RG – les futurs résultats des élections.

Une rupture se fit jour avec le Taui de 2004. Comme toutes les forces politiques qui connaissent un échec, le Tahoera’a laissa alors poindre les rivalités personnelles des « héritiers » potentiels que G. Flosse contenait jusque-là. Départs, scissions, contestations internes affaiblirent le parti sans que les tactiques ou stratégies nouvelles ne fussent suffisantes. Le divorce avec Gaston Tong Sang, pourtant promu par le parti, se confirmait peu à peu. Le rapprochement spectaculaire et temporaire avec le Tavini entre juillet 2007 et fin mars 2009 ne produisit pas les fruits escomptés. Les élections territoriales de janvier-février 2008 montrèrent un parti réduit à 17 % des voix.
Les démêlés judiciaires de G. Flosse et de personnalités locales constituèrent de nouveaux handicaps.
Toutefois, G. Flosse, toujours chef de parti, dispose d’un instrument capable de mobiliser militants et opinion publique et capable de susciter un retournement des électeurs toujours possible dans une Polynésie plongée dans la crise.

(1) En métropole, l’UNR se mua en UDR en 1968. Le sigle signifiait Union pour la Défense de la République, dans le contexte de mai 1968. En 1971, le sigle changea de signification : Union des Démocrates pour la République.
(2) Ces affirmations sont facilement contrôlables à la lecture de la presse et des procès-verbaux de l’assemblée territoriale. Elles s’appuient aussi sur le témoignage d’un ancien permanent du parti.
(3) D’après le site internet du parti.
(4) Dans une dépêche de l’AFP, il ressort que les caractéristiques particulières de la Polynésie française appellent, pour le RPR, une évolution institutionnelle qui mette en harmonie le droit et le fait.

L'ascension politique et sociale d'un Mangarévien devenu maire de Pirae 0 < Le chef de parti 1 < Une certaine idée de la France et de Tahiti Nui 2 < Plus de cinquante ans de vie politique 3

Retour en haut de page