Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Une certaine idée de la France et de Tahiti Nui -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Histoire de l'institution | Depuis 1996 : l'Assemblée de la Polynésie française | 1996-2004 : l’autonomie | Gaston Flosse | Une certaine idée de la France et de Tahiti Nui

Le sénateur

Gaston Flosse

Une certaine idée de la France et de Tahiti Nui

G. Flosse se réclame toujours du gaullisme. Il partagerait avec le Général, « une certaine idée de la France ». Cet attachement à la France comme la voyait ou la souhaitait de Gaulle n’est pas exclusive d’une idée particulière que G. Flosse se ferait du Fenua.
La visite du Général en 1956 aurait servi de révélateur : « ce qui m’a frappé, c’est sa vision de ce que serait la Polynésie dans cette zone, son avenir, le nôtre ». G. Flosse se souvient des paroles de De Gaulle sur l’Océan, sur la richesse qu’il constitue et sur la volonté de la France de rayonner à partir de ses territoires d’outre-mer. Il s’agit peut-être d’une reconstitution a posteriori, car en réalité c’est en 1966, au cours de son second voyage, que le Général a développé le thème de la richesse de l’océan. C’est en 1966 justement, que le jeune maire de Pirae recevait le Général, qui prononça des discours aux contenus fort riches d’enseignements (1) et que le président du gouvernement avoue relire souvent. De là daterait plus vraisemblablement l’attachement à de Gaulle et à une vision des relations entre la Polynésie et la France. D’après G. Flosse, de Gaulle voulait que « la Polynésie demeurât française tout en respectant ses spécificités et sa culture ». Là encore, il est possible que G. Flosse reconstruise et la vision du Général et la sienne dans le contexte de 1966 puisque les archives montrent un Général visant à départementaliser le Territoire.

L’attachement de G. Flosse à la Polynésie est un autre trait de sa personnalité : « c’est mon pays », dit-il, c’est là où je suis né. Cet homme qui, comme Pouvanaa, a fort peu de traits physiques polynésiens, se considère et est néanmoins considéré comme un authentique Polynésien. Une étape importante et même capitale dans cette reconnaissance est la maîtrise de la langue tahitienne. Il n’a pas été facile de passer du mangarévien au reo tahiti. C’est Nedo Salmon, homme politique et un des fondateurs de l’Académie tahitienne, qui a initié G. Flosse à cette langue au début de sa carrière politique, vers 1959. Depuis, G. Flosse est passé maître dans l’art d’utiliser la langue locale, ce qui est une des raisons de son succès.

Sa conception des relations entre la France et la Polynésie, G. Flosse l’a expliquée devant le président Chirac :
"L’Histoire a créé la Polynésie française. Mais comment faire un pays avec 250 000 habitants disséminés sur 118 îles réparties sur cinq millions de kilomètres carrés d’océan ?
Nous avons choisi ce défi. Nous avons choisi de construire une Polynésie française qui ne soit pas seulement un héritage de l’Histoire, mais l’aboutissement de la volonté de tous les Polynésiens. La volonté de rester unis, solidaires, fiers de l’identité et des valeurs spirituelles et morales qui nous rassemblent ; fiers aussi de la diversité qui fait notre richesse. La volonté aussi de rester, pour toujours et avec fierté, des citoyens français. Relever ce défi, c’est le combat de toute ma vie
(2)".

Il faut toutefois apporter deux éclairages particuliers pour comprendre les relations France/Polynésie, telles que les conçoivent G. Flosse et sans doute une large majorité de ses électeurs.
En premier lieu, il ne faut pas confondre la France et l’État. Sémir Al Wardi a mis en relief la vieille méfiance de G. Flosse à l’égard de l’État et de ses représentants et a expliqué que le but du président qui réclame toujours plus d’autonomie serait de rendre le Territoire égal de l’État (3). S. Al Wardi affirme même que, « paradoxalement, on peut dire que cet homme politique boulimique qui incommode la République par son attitude et ses exigences, est probablement la seule garantie de la présence française en Polynésie, tant que cette situation coïncide avec ses intérêts ».
Or, en second lieu, il ne faut pas négliger à quel point la présence française est vécue en Polynésie comme relevant de l’intérêt du pays et des individus. Ainsi concédait-il : “il faut l’avouer, c’est quand même l’intérêt de la Polynésie que d’être française et non pas d’avoir un passeport tahitien et de la monnaie tahitienne qui serait le purau”. Les liens avec la France, ne sont pas seulement « affectifs ». G. Flosse a très vite mis en œuvre une tactique qui consiste à lancer des proclamations d’attachement à la France immédiatement assorties de besoins de soutien financier. Quand il reçoit le général de Gaulle dans sa mairie, en septembre 1966, il s’écrie : « Nous sommes terre française complètement et pour toujours, comme disait notre dernier monarque [Pomare V qui, en 1880, fait don de ses États à la France] ». Mais il enchaîne immédiatement en réclamant des aides pour le Territoire et en particulier pour sa commune :
« La nouvelle commune de Pirae connaît actuellement une expansion presque démesurée, du fait de l’arrivée massive de gens des îles et de gens de l’extérieur. Il faut donc à notre commune d’énormes capitaux pour ouvrir des routes, assurer son éclairage, aménager des parcs, des terrains de sport, construire de nouvelles écoles, des ponts... Et pour tout cela nous comptons fermement sur l’aide financière de la Métropole... » (La Dépêche, 9 septembre 1966).

On pourra trouver dans une de ses formules, sinon le fond de sa pensée, du moins le sens de son action politique : « aita moni, aita autonomie » (= pas d’argent, pas d’autonomie).

Comme de Gaulle avait une certaine idée de la France qu’il n’imaginait pas sans la grandeur, Gaston Flosse a rêvé également d’un Tahiti Nui qui rayonnerait dans le Pacifique et dans le monde. Quand il a été secrétaire d’État dans le gouvernement Chirac en 1986, il a cherché à jouer un rôle primordial dans le Pacifique Sud. Il n’a cessé par la suite de tenter d’obtenir des statuts la possibilité d’exercer des prérogatives en matière de relations internationales. Le peu qu’il a obtenu, il a tenté de l’exploiter au maximum, quitte à fâcher le Quai d’Orsay, comme lors de son voyage en Chine en octobre 2002.
Dans son discours du 22 octobre 2004, il avait convenu que son échec du 23 mai, avait pour cause ses préoccupations en politique internationale : « motivés par notre volonté de voir notre pays briller et resplendir par-delà nos frontières, nous nous sommes éloignés de vous, du peuple ». Mais il insiste encore sur un point : « vous étiez au cœur de notre volonté de grandeur, mais nous ne l’avons pas assez dit, pas assez prouvé, et aucun drapeau, aucun beau bâtiment, aucun hymne ne pouvait vous le montrer ».

G. Flosse souhaiterait ainsi une France puissante, qui pourrait donc être généreuse et une Polynésie qui rayonnerait dans le monde. Plus la France serait grande, plus les Polynésiens en seraient fiers et plus elle protégerait une Polynésie autonome, mettant en avant ses particularismes.
Toutefois, G. Flosse peut adopter des attitudes très offensives envers la métropole. Longtemps, on a fait de lui le défenseur des essais nucléaires. La France l’envoya dans le Pacifique défendre l’innocuité des essais. Devant les travaux des associations anti-nucléaires et devant les premiers aveux de l’État, G. Flosse semble très mécontent. Il a ainsi déclaré à plusieurs reprises « avoir été trompé » (Par exemple : La Dépêche de Tahiti, 28 novembre 2008 et RFO télé, le 14 juin 2009).

(1) Le président de la République a abordé divers sujets dans ses discours. Il a évoqué les essais nucléaires (raison de son déplacement) pour remercier le Territoire du service qu’il rendait à la France, ce qu’il a appelé « les franchises polynésiennes » auxquelles il n’était pas question de toucher et, surtout, il a fait la distinction entre « le peuple d’ici et le peuple de France ».
(2) Discours du 27 juillet 2003.
(3) Al Wardi, Tahiti et la France. Le partage du pouvoir, Paris, L’Harmattan, 1998, p. 278-279.

L'ascension politique et sociale d'un Mangarévien devenu maire de Pirae 0 < Le chef de parti 1 < Une certaine idée de la France et de Tahiti Nui 2 < Plus de cinquante ans de vie politique 3

Retour en haut de page