Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La première autonomie interne - Quelques portraits - Rudolf Tanahe Bambridge dit Rudy, Camille-Victor Bailly -

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L'assemblée territoriale.

RUDOLF TANAHE BAMBRIDGE dit Rudy

Né le 28 février 1926 à Papeete. Fils de Tony Bambridge.

Après des études secondaires à Nouméa, il passe une licence de droit en métropole. De retour à Papeete, il s’associe en 1954 avec Maître Hoppenstedt comme avocat-défenseur.

Il est poussé par son père et le gouverneur Petitbon à s'engager en politique contre le « courant séparatiste » (dixit R. Bambridge) du RDPT. L’étude de Me Hoppensdedt devient une sorte de succursale de la section UDSR à laquelle les deux hommes appartiennent. Avoir une carte UDSR donne un accès facilité à l’étude et permet souvent de trouver du travail.

R. Bambridge se présente aux élections législatives de 1956 avec un programme que le gouverneur Toby juge « conservateur ». La campagne a été rude et émaillée de violences selon le récit qu’il en donne plus tard au quotidien Le Journal de Tahiti (8 octobre 1974). Déception du candidat auquel les services de renseignements de la police attribuaient déjà la victoire. Il recueille un peu plus de 8 000 voix quand Pouvanaa en obtient 12 280.

Aux élections territoriales du 3 novembre 1957 qui débouchent sur l’application de la loi-cadre, R. Bambridge participe à un premier regroupement de l’opposition car le mécanisme de la nouvelle loi électorale, dite loi Hénault, favorise les grandes formations et tend à éliminer les petites. Les deux UDSR se réconcilient. Avec quelques personnalités (dont Francis Sanford) et de petits partis se constitue l’Union Tahienne (UT) qui se dote d’un bulletin, La voix de Tahiti.

L’UT fait entrer à l’assemblée R. Bambridge, N. Salmon et G. Coppenrath qui jouent un rôle majeur en politique dans les années suivantes.

R. Bambridge apparaît rapidement comme le meneur de l’opposition au RDPT tant dans le refus de l’impôt sur le revenu que sur les prises de distance d’avec la France. Il est l’un des principaux animateurs des manifestations contre l’impôt les 29 et 30 avril 1958.

Deux semaines plus tôt, l’opposition avait franchi une nouvelle étape dans le regroupement en créant l’Union Tahitienne Démocratique (UTD), un parti dont R. Bambridge devient président.

Avec le retour au pouvoir du général de Gaulle, le 1er juin 1958, et l’annonce d’un référendum impliquant une question sur l’appartenance à la France, R. Bambridge joue alors un rôle capital dans l’organisation de la campagne. « Paris nous avait promis de l’aide, la promesse a été tenue » déclare-t-il (Journal de Tahiti).

Après le succès du référendum et l’arrestation de Pouvanaa, R. Bambridge présente un vœu à l’assemblée tendant à demander au Gouvernement de dissoudre le conseil de gouvernement local qui a déjà fait l’objet d’une mesure de suspension. Le vœu est adopté par l’assemblée et le Gouvernement prend un décret en ce sens le 28 octobre.

Lors du procès de Pouvanaa, R. Bambridge est l’avocat de la partie civile et plaide donc contre son adversaire politique.

Quand Pouvanaa est finalement déchu de son mandat de député, R. Bambridge échoue encore aux élections qui suivent contre Mate Oopa. Des problèmes de rivalités éclatent au sein de l’UTD et aboutissent à une scission en juillet 1962. Tandis qu’A. Poroi maintient l’UTD, R. Bambridge et G. Coppenrath fondent l’UT-UNR, façon de s’affilier clairement au parti gaulliste de métropole. La division affaiblit cette dernière formation puisque G. Coppenrath perd son mandat de sénateur au profit d’A. Poroi.

Vers le milieu de l’année 1962, de passage à Paris, R. Bambridge apprend qu’un projet « de base de missiles à Mangareva et de base atomique » serait sur le point de voir le jour (c’est ce qu’il a confié aux Nouvelles du 3 octobre 1962). Il estime alors que la menace est grave mais « qu’il ne peut pas juger seul ».

Aux élections législatives du 2 décembre 1962, R. Bambridge échoue une nouvelle fois, face à John Teariki. C’est à peine si la campagne électorale a abordé la question des projets nucléaires.
Le 3 janvier 1963, il est à l’Élysée avec une délégation d’élus polynésiens lorsque le général de Gaulle annonce la création du CEP. Dès lors, comme beaucoup d’autres responsables politiques, R. Bambridge se fait le défenseur de la politique française, persuadé que c’est aider à la « restauration » de la grandeur française… et que ce sera une façon de développer la Polynésie comme l’a promis le président de la République.

R. Bambridge a été conseiller territorial de 1957 à 1969, date à laquelle il a démissionné pour laisser la place à Jacques Teuira. Il s’attacha plutôt à deux missions.

Membre du Conseil économique et social à Paris, depuis 1967, il y défendit les intérêts du pays.
Président de l’UT-UNR (devenue UT-UDR en 1968), il chercha à consolider ce parti et à consolider les liens de la Polynésie avec la France. Il s’efforça aussi de trouver de jeunes talents qui prendraient la relève. Le comité directeur de l’UT-UDR, réuni le 24 juillet 1971, prit une décision qui devait se révéler capitale. R. Bambridge laissa la place de président à Gaston Flosse. Devenu président d’honneur du parti, il s’expliqua lors du congrès du parti tenu en présence du secrétaire général de l’UDR :
Il fallait éviter la sclérose […] j’ai cru de mon devoir de demander à une personnalité plus jeune qui avait fait la preuve de son sens de l’organisation de prendre la relève. Ceci malgré votre avis [René Tomasini, SG de l’UDR] et de celui de nos amis métropolitains. Vous pouvez maintenant être rassurés […] le nouveau président de l’UT-UDR est efficace (4 mars 1972).

Peu à peu, les gaullistes locaux comprirent que pour l’emporter un jour, il leur faudrait prendre des « couleurs locales », comme l’avaient déjà fait les autres partis. Ce fut réalisé avec la création du T_h_’_ra’a Huira’atira, appellation décidée au congrès de 1972 mais qui ne se répandit que lentement, jusqu’à ce que le sigle ancien d’UT-UDR disparût officiellement en 1977 (et qu’au niveau national également l’UDR fût remplacée par le RPR). Dès 1973, la couleur orange devint la couleur du parti et le fei son emblème.

R. Bambridge se retira progressivement de la vie politique active.

Il se consacra également à son métier d’avocat. Il avait une véritable passion pour les chevaux et pour la gestion de son domaine agricole de Papara.

Sa propension à recevoir amis et personnalités lui permit de constituer un vaste réseau de relations qu’il utilisait pour lui-même, pour ses amis ou pour servir le pays. Il pouvait donc être également un adversaire redoutable, mais il restait profondément attaché aux mœurs polynésiennes. Ainsi, en février 1966, il se rend en Vendée où Pouvanaa était assigné en résidence surveillée. Accompagné de G. Flosse, N. Salmon et de Céline Oopa, il emmena le Metua dans un restaurant. La fiche des RG qui rend compte de la rencontre rapporte que
les propos échangés en langue tahitienne ont paru empreints d’affection, de cordialité et de mesure. À aucun moment le ton de la conversation ne s’est élevé. Les membres de la délégation ont prodigué envers Pouvanaa des marques de respect et d’affection. Pouvanaa lui-même était manifestement heureux et très ému, au point de pleurer à plusieurs reprises.

R. Bambridge décéda accidentellement en 1982.




Camille-Victor BAILLY

Né en 1907.

Il a été gouverneur au Sénégal (19 octobre 1950 au 25 avril 1952), brièvement au Soudan (avril-juillet 1952) et en Côte d’Ivoire (10 juillet 1952 au 19 février 1954).

Il arrive le 7 mars 1958 en Polynésie. Les dirigeants du RDPT ont prétendu qu’ils l’avaient fait venir car ils pensaient qu’il leur serait favorable. L’opposition en tout cas lui reprochait d’être trop proche du gouvernement de Pouvanaa. Le gouverneur aurait montré en effet sa compréhension envers les institutions nouvelles en disant qu’il ne serait bientôt plus qu’un ambassadeur (propos invérifiable toutefois).

Les documents nous montrent pourtant un gouverneur qui sait s’opposer à Pouvanaa (voir le conseil de gouvernement du 7 mai 1958). Il tente de concilier les parties opposées au moment de la manifestation contre l’impôt sur le revenu. Il cherche aussi à convaincre Pouvanaa de voter OUI au référendum et devant le refus de ce dernier, fait ce qu’il peut pour l’empêcher de faire la propagande pour le NON.

Il accepte de jouer le rôle que lui demande de jouer le ministre de la FOM pour éliminer Pouvanaa de la vie politique. Il suspend le conseil de gouvernement le 8 octobre, confisque la voiture de fonction du vice-président le lendemain. Dans la nuit du 10 au 11 octobre, il réunit des responsables politiques de l’opposition et le procureur pour décider de l’arrestation de Pouvanaa. Il entreprend de discréditer Pouvanaa et le 18 octobre (quelques jours avant son départ), il s’adresse à l’assemblée et prononce un violent discours contre le député incarcéré, déjà accusé d’avoir commis un crime.

C-V. Bailly est décédé en 1984.

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