Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Philip Schyle -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Histoire de l'institution | Depuis 1996 : l'Assemblée de la Polynésie française | Depuis 2004 : le Taui et ses suites | Les présidents de l'APF

Les présidents de l'APF

Philip Schyle

Né le 15 septembre 1962 à Nouméa de parents originaires de Tahiti, Philip Schyle y effectua sa scolarité jusqu’à l’obtention du bac en 1979. Il vint s’installer en Polynésie en début d’année 1980.

Il exerça d’abord le métier d’instituteur et rejoignit le Centre de Formation des professeurs de collège à Pirae en 1985. À l’issue de cette formation, il devint professeur d’histoire-géographie au collège de Papara (1988) puis de Mahina (de 1989 à 2004).

Il commença à s’intéresser à la politique au lycée La Pérouse à Nouméa, dans le milieu lycéen indépendantiste marqué par l’influence de deux professeurs kanak, Élie Poigoune (professeur de mathématiques) et Paul Néaoutyine (professeur d’économie). En Polynésie, il adhéra au Ia Mana Te Nunaa (1980). Il représenta ce parti lors de la constitution de la liste d’union qui, sous la conduite de Boris Léontieff, emporta la mairie d’Arue en 1989. Une estime réciproque rapprocha le nouveau maire et P. Schyle d’abord élu troisième adjoint, d’autant que Boris Léontieff, suite à divers retournements politiques, se trouva en minorité face au Tahoera’a. Le refus de voir ce dernier reprendre la mairie si difficilement acquise conforta le rapprochement entre les deux élus. Dès 1992, P. Schyle devint premier adjoint au maire.

Son engagement politique se poursuivit dans la discrétion qui est chez lui comme une seconde nature, ce qui n’exclut pas une grande efficacité. Il s’éloigna de son parti avec lequel il entra en désaccord après les échecs successifs de ce dernier. Avec Boris Léontieff, il s’engagea alors dans la recherche d’une « troisième voie ». En 1996, ils fondèrent le Fetia Api (= l’Étoile nouvelle). Le succès électoral ne fut pas au rendez-vous avant les élections territoriales de 2001 (avec six élus). Le parti bénéficiait d’un succès d’estime et une partie de l’électorat semblait bien prête à le rejoindre. Philip Schyle n’avait pas été candidat aux territoriales pour laisser sur la liste des candidats issus d’autres communes qu’Arue. Il préféra également se consacrer à la gestion de la mairie et au parti dont il était secrétaire général. Ses qualités de gestionnaire furent alors peu à peu connues et reconnues.

Le 23 mai 2002, alors que P. Schyle était présent à mairie d’Arue, un appel téléphonique l’avertit que l’avion qui menait Boris Léontieff, Lucien Kimitete et leurs suppléants aux Tuamotu pour la campagne des élections législatives était porté disparu. Bouleversé par cette annonce, il fut incapable, pendant plusieurs heures, de communiquer cette fâcheuse nouvelle à ses collaborateurs et surtout aux familles concernées. Puis, il fallut se rendre à l’évidence : Boris Léontieff et ses amis ne reviendraient jamais. P. Schyle parut alors le seul à avoir l’envergure de faire vivre l’idée de la fameuse « troisième voie ». Il fut élu président du Fetia Api.

Lorsque l’état civil déclara officiellement la mort de Boris Léontieff, P. Schyle fut élu maire de la commune en mars 2003.

La disparition de B. Léontieff fit entrer le parti qu’il avait fondé dans une zone de turbulences et P. Schyle ne parvint pas à maintenir l’unité de la formation, alors que son image était fort bien perçue dans l’opinion publique. P. Schyle détonnait un peu par rapport aux leaders des autres partis qui cultivaient volontiers l’image du chef (plus ou moins charismatique). Il se voulait le porte-parole de son parti plutôt que son chef, défendant parfois des positions qui ne correspondaient pas forcément à ses sentiments.

Lors des élections territoriales de mai 2004, dans un contexte de bi-polarisation et avec la prime majoritaire instaurée juste auparavant, la position du Fetia Api s’avéra délicate. P. Schyle fut le seul élu de sa formation. Avec Nicole Bouteau, il était susceptible d’apporter une majorité soit au Tahoera’a, soit à l’UPLD. Madame Girardin, ministre de l’Outre-Mer, exerça des pressions sur lui afin qu’il choisît la première solution. Pour mettre fin au « système Flosse » et après avoir longuement rencontré ce dernier, il rejoignit alors le camp d’Oscar Temaru. Toujours avec le souci de mener à bien ses fonctions communales, il préféra confier les postes de ministres offerts à son parti à Marie-Laure Vanizette et Francis Stein.

Le Fetia Api fut gêné par les déclarations du président Temaru lors de ses déplacements hors de Polynésie au cours desquels il sembla prendre plutôt la casquette de chef de parti plutôt que celle de président du pays en réclamant l’indépendance du Fenua. Quand une motion de censure renversa le gouvernement d’O. Temaru, P. Schyle et son parti participèrent activement à la grande manifestation du 16 octobre 2004. Cependant, le Fetia Api cherchait à faire toujours prévaloir une « troisième voie ». Quand les élections furent annulées aux IDV, P. Schyle et N. Bouteau firent liste commune pour le scrutin du 13 février 2005. Leur alliance – du reste provisoire - s’intitula ADN (Alliance pour une Démocratie Nouvelle) dont les objectifs étaient d’affirmer l’attachement à l’autonomie en refusant de « diaboliser » le camp indépendantiste et en s’attaquant « aux causes plutôt qu’aux effets » du développement de ce courant politique. Les candidats prétendirent ne pas se satisfaire de la dépendance à l’égard des transferts de l’État et souhaitaient créer un développement propre au pays et « partager plus équitablement les richesses ». L’attachement aux valeurs démocratiques mises à mal par la domination du Tahoera’a fut également affirmé. Le résultat s’avéra décevant – avec l’élection des deux seuls leaders - dans ce contexte où les électeurs cherchèrent à voter « utile ».

Le 3 mars 2005, O. Temaru fut réélu président de la Polynésie française, mais les deux élus ADN déposèrent un bulletin blanc. Dès lors, le parcours politique de P. Schyle, bientôt séparé de N. Bouteau, devint plutôt difficile à suivre, tant la « troisième voie » avait peu de place dans la vie politique locale, tout comme les valeurs dont le maire d’Arue se réclamait.

Comme, le Fetia Api ne pouvait se satisfaire de la gouvernance d’O. Temaru, P. Schyle fut contraint de chercher à se démarquer et à apparaître comme un recours. Début avril 2006, il profita de la confusion qui régnait à l’assemblée pour présenter sa candidature au perchoir. Le Tahoera’a ayant compris que cette candidature pouvait seule empêcher la réélection d’A. Geros, apporta son soutien, mais dès la victoire sur le fil de P. Schyle, le parti orange entreprit de le critiquer avec force : le nouveau président ne s’inscrivait pas dans la ligne souhaitée. O. Temaru réussit à se maintenir au pouvoir encore quelques mois, mais la situation politique se dégrada et P. Schyle se rapprocha du camp autonomiste qui préparait une motion de censure. Il annonça qu’il la voterait mais réserva son vote pour le nouveau président. Le 26 décembre 2006 pourtant, sous la pression du bureau exécutif du Fetia Api, il apporta son soutien à G. Tong Sang. Dès la fin de son mandat de président de l’APF, il s’est un peu effacé de la vie politique, souhaitant prendre du recul – notamment pour des raisons de santé - jusqu’en juillet 2007. À ce moment-là, indigné par le rapprochement Flosse-Temaru, il décida de soutenir G. Tong Sang qu’il croyait être le seul rempart efficace contre cette alliance contre-nature.

À l’élection présidentielle de 2007, le Fetia Api soutint François Bayrou, puis suivit les dissidents du Modem regroupés derrière Hervé Morin qui fonda le Nouveau Centre en métropole. P. Schyle fut nommé secrétaire chargé de l’Outre-Mer au sein de cette formation (mai 2008). Les liens entre le Fetia Api et le Nouveau Centre permirent à ce dernier d’empocher de substantielles subventions auxquelles il n’aurait pu prétendre sans une disposition très particulière des modalités de financement des partis politiques.

Le Fetia Api s’engagea davantage derrière G. Tong Sang et appuya la création de la fédération de partis autonomistes To Tatou Ai’a, le 11 octobre 2007. P. Schyle fut réélu sur cette liste représentant à l’APF, le 18 février 2008. Les élections municipales s’annoncèrent difficiles en raison de la double opposition Tahoera’a et UPLD sans compter les dissidences dans son équipe municipale. Il fut cependant réélu le 16 mars 2008.

La majorité de G. Tong Sang connaissant des dissensions et n’apportant pas le changement attendu, P. Schyle tenta de montrer son originalité de bon gestionnaire et d’homme intègre. Le rapprochement provisoire entre G. Tong Sang et O. Temaru lui permit d’être largement élu à la présidence de l’APF le 9 avril 2009. Au cours de ce mandat, il voulut démontrer que le président de l’APF avait sa propre marge de manœuvre (nombreuses rencontres à Paris avec le ministre de l’Outre-Mer notamment, proposition de partenariat avec le speaker du parlement de Nouvelle-Zélande et celui du Queensland, convention de partenariat avec l’AT de Wallis et le Congrès de Nouvelle-Calédonie). La rupture de l’alliance et le dépôt d’une motion de défiance en novembre 2009 le mirent mal à l’aise, même s’il vota la motion. Il prit progressivement ses distances avec la majorité de G. Song Sang et annonça qu’il en sortait le 3 avril 2010 dans la mesure où le président du gouvernement ne semblait plus lui faire confiance. Il ne se représenta pas au perchoir quelques jours plus tard, préférant se retirer dans sa commune et privilégiant les actions concrètes en cette période de crise, pour échapper aux débats et polémiques qu’il estimait stériles.


Les présidents de l'APF 0 < Antony Geros 1 < Philip Schyle 2

Retour en haut de page