Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Oscar Temaru : Naissance d’un révolutionnaire mesuré -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Histoire de l'institution | Depuis 1996 : l'Assemblée de la Polynésie française | Depuis 2004 : le Taui et ses suites | Les présidents de la Polynésie française

Les présidents de la Polynésie française

Oscar Temaru


I/ Naissance d’un révolutionnaire mesuré


Oscar Temaru est né le 1er novembre 1944 à Faaa, d’une mère originaire des Îles Cook (d’où son attachement à la communauté maori de Nouvelle-Zélande et au monde anglo-saxon en général). Il a reçu une éducation catholique et aurait été formé, comme Jean-Marie Tjibaou et de nombreux leaders indépendantistes du Pacifique, au petit séminaire.
Il obtient son brevet en 1961 et s’engage dans la marine pour trois ans. À 17 ans, il part en Algérie où il aurait pris conscience de ce qu’était le colonialisme. Revenu au Fenua, il entre dans les services de la douane, jusqu’à sa retraite en 1999. Depuis quelques années, il s’est lancé dans les affaires avec des membres de sa famille.

Jean-Marie Tjibaou fait partie des modèles qu’il cherche à suivre, mais surtout deux personnages semblent avoir ses faveurs : Nelson Mandela qu’il a rencontré et le père du nationalisme tahitien, Pouvanaa a Oopa, aux meetings duquel il a assisté quand il était adolescent.

Employé des douanes, il a eu des activités syndicales, mais surtout, il a contrôlé le matériel entrant à Moruroa où il a été mis en contact avec le problème nucléaire. Il a été influencé par les mouvements non violents comme celui de la communauté de l’Arche de Lanza del Vasco (lui-même marqué par Gandhi). Avec l’affaire du camp du Larzac, à partir de 1972, il a des contacts plus fréquents avec les mouvements pacifistes et anti-nucléaires. Ainsi se forge l’esprit dans lequel O. Temaru conçoit son action.

Après un échec aux élections municipales à Faaa contre F. Sanford, en mars 1977, O. Temaru fonde un parti, le 20 avril suivant, le "Front de Libération de la Polynésie" (FLP) avec quelques personnalités parmi lesquelles le docteur Charles Tetaria (qui ne donnera pas suite), Coco Mamatua, Désiré Tokoragi et Léon Teai.

C’est en 1978 que le parti s’organise réellement autour de Tea Hirshon, Ingrid Drollet, le docteur Durosset, Myron Mataoa et Thomas Chave. Le nom officiel du parti reste le FLP jusqu’en 2009, mais au moment des élections, c’est Tavani Huiraatira qui est mis en avant et qui devient l’appellation la plus usitée.

Alors que des partis indépendantistes ont des thèses extrémistes voire sont dirigés par « des illuminés », les revendications initiales du FLP sont très modérées. O. Temaru explique à la presse que le mot « libération » doit s’entendre dans le sens de la libération de l’emprise des politiciens qui dominent la vie politique locale et n’ont pas su résoudre les problèmes économiques, sociaux et culturels qui intéressent les Polynésiens. Plus fondamentalement, le mot « libération » signifie « libérer les consciences des esprits victimes de la colonisation ».

O. Temaru dénonce le CEP qui a engendré « la politique de la facilité ». Il pose un constat : « le Polynésien a été habitué à vivre au-dessus de ses moyens ». Ses propositions se résument à deux « chevaux de bataille » : créer un impôt sur le revenu et réformer le système politique affairiste. Sur le plan statutaire, il n’en est pas encore à la revendication d’indépendance : un statut d’autonomie interne au sein de la République lui conviendrait. La revendication indépendantiste ne tarde toutefois pas.
Pendant plusieurs années, le FLP ne fait guère parler de lui, et O. Temaru n'est pas connu en dehors de Faaa. Aux élections territoriales du 29 mai 1977, le FLP n’obtient que 498 voix aux Îles du Vent (1,5 % des suffrages).

Il semblerait qu'entre 1977 et 1982, le parti ait été tiraillé entre deux courants d'idées. L'un voulant se tenir en marge des institutions, prônant sans doute une action révolutionnaire, l'autre plus favorable à l'utilisation des possibilités offertes par le suffrage universel, option qui a la faveur d’O. Temaru qui insiste constamment sur le caractère non violent que le mouvement doit connaître. Le congrès de 1982, tranche en faveur de cette deuxième option (1).
Le décollage électoral du FLP et de son leader semble alors peu probable. Toutefois, à Faaa même, où se côtoient les habitants de quartiers "résidentiels" et de quartiers "pauvres", peuplés de Tahitiens de souche et de Polynésiens venus des autres îles, il y a un potentiel de voix important pour celui qui saurait incarner, comme Pouvanaa, les aspirations de la frange populaire. Pour les élections municipales de 1983, O. Temaru a eu l'habileté de mener une campagne uniquement axée sur les problèmes municipaux, en dissociant l’élection des questions liées à l'avenir du Territoire. Le 13 mars, il l'emporte avec 35, 90% des voix dans une quadrangulaire. Ainsi, O. Temaru s'empare un peu par surprise d'une commune qui ne peut manquer de jouer un rôle d'entraînement, tant elle symbolise les problèmes de la jeunesse tahitienne et des populations déracinées et déboussolées, dans une Polynésie qui est en pleine métamorphose.

Dès lors qu’il entre officiellement en politique, en 1977, O. Temaru devient un personnage décrié, calomnié même. G. Flosse a longtemps répandu de lui un portrait peu flatteur. Ce sont surtout les journaux étrangers qui ont rectifié l’image du leader indépendantiste et contribué à forger l’image d’un personnage plutôt doux et sympathique. De fait, O. Temaru tranche sur la classe politique locale. Il paraît simple, désintéressé, représentant réellement les populations qui l'ont élu. Il est courtois, patient, nuancé, même si cela tranche avec l'homme public dont on retient surtout les paroles vives et parfois vindicatives.

Il sait utiliser les symboles à son profit. Quand ses collègues maires bâtissent de somptueux palais, il fait construire une mairie en style local, se dote d'un bureau luxueux, certes, mais les Tahitiens s'y sentent chez eux : "c'est local". Surtout, il échappe ainsi aux scandales qui éclaboussent de nombreux hommes politiques (2).

Si sa gestion est l’objet de critiques, il rétorque qu'il est considéré comme un paria auquel les crédits sont refusés. En 1986, il "espère que la population, le jour du vote s'en souviendra", en ajoutant : "nous sommes vraiment le parent pauvre ; avec 137 F CFP par habitant on ne va pas loin" (3). Patiemment, O. Temaru profite des erreurs de ses adversaires et de la montée démographique des couches de population qui lui sont favorables. Devenu maire, il attire à lui de nombreuses compétences. En 1983, James Salmon, ingénieur en bâtiment, le rejoint. Patrick Leboucher, titulaire d'une maîtrise de sciences économiques, devient secrétaire général de la commune. D'autres le rejoindront, comme le chanteur Gabilou ou comme le journaliste de RFO, Ahiti Roomataroa, venu du Ia Mana. F. Sanford lui apporte régulièrement son soutien sans approuver pour autant son option indépendantiste.

(1) Interview d'O. Temaru, La Tribune Polynésienne, 18 février 1993.
(2) « Il me serait impossible d'entendre un de mes enfants me reprocher des malversations que j'aurais effectuées » déclare-t-il à un journaliste qui lui demande s'il est réellement intègre. La Tribune Polynésienne, 18 février 1993.
(3) Journal L'indépendant édité à l'occasion des élections territoriales de 1986.



Les présidents de la Polynésie française 0 < Oscar Temaru : Naissance d’un révolutionnaire mesuré 1 < De la mairie de Faaa à la présidence de la Polynésie française 2 < Idées, stratégie et tactique 3 < Gaston Tong Sang : L’émergence d’un leader 4 < Ascension politique et recherche désespérée d’une majorité stable 5

Retour en haut de page