Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le couronnement de Pomare III -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Les événements marquants | 1819-1824. Les lois missionnaires | Le couronnement de Pomare III

Le couronnement de Pomare III


Le fils de Pomaré lui succéda au gouvernement de l'île. Il fut proclamé roi immédiatement après la mort de son père et couronné, avec le nom de Pomaré III, le 21 avril 1824.
Afin que les cérémonies à cette occasion puissent se dérouler en présence de la population, dont la plus grande partie avait l'intention d'être présente, une estrade de pierre de soixante pieds carrés fut élevée, sur laquelle une autre plus petite fut érigée où devait se dérouler le couronnement.
Après que chacun eut pris son rang dans la procession, elle avança vers la place, précédée par deux jeunes filles indigènes qui couvraient de fleurs le sentier. Mahine, le chef d'Huahine et l'un des juges de Tahiti, portait une grande Bible et était accompagné par une délégation de la Société Missionnaire qui était alors à Tahiti et par Messieurs Nott et Henry, les autres missionnaires suivaient. Puis venaient les Juges suprêmes, trois par trois; Utami le chef d'Atehuru, portant une copie d'un code des lois tahitiennes. Trois autres juges suivaient ; et Tati, le chef de Papara, marchait au milieu portant la couronne. Le jeune roi assis sur un trône, venait ensuite dans la procession, il était porté par quatre jeunes chefs et le même nombre de fils de chefs portaient le baldaquin au-dessus de sa tête ; sa mère et sa sœur marchaient d'un côté et ses tantes de l'autre. Son beau-frère suivait immédiatement derrière, puis venait Tamatoa, le roi de Raiatea et les membres de la famille royale. Les gouverneurs, les juges de districts et les magistrats marchaient quatre par quatre et fermaient la procession.
Quand ils atteignirent le lieu du couronnement, le roi fut assis sur son trône ; au centre devant lui étaient placés sur des petites tables, la couronne, la Bible et le code des lois. Ceux qui allaient prendre part aux cérémonies de ce jour, étaient assis autour et derrière le roi.
Le jeune Pomaré, qui avait seulement quatre ans, était nécessairement passif dans cette importante fonction. Mr. Davies, l'un des doyens des missionnaires, parlait pour lui ; et comme on devait solliciter tout le monde de prendre part aux cérémonies, on demanda au roi s'il promettait de gouverner la population avec justice et clémence en accord avec les lois et la parole de Dieu, puis Mr. Nott plaça la couronne sur sa tête et prononça une bénédiction sur le jeune roi; alors Mr. Darling lui présenta la Bible, accompagnant ce geste d'une allocution de circonstance.
Aussitôt que la cérémonie du couronnement fut terminée, un héraut prononça l'amnistie pour tous ceux qui étaient sous le coup d'une peine légale. Tous les exilés furent autorisés à revenir et tous furent exhortés à devenir de bons membres de la société. L'assistance se rassembla ensuite à la chapelle royale de la mission, où le service divin fut célébré, et ainsi s'acheva le premier couronnement dans les îles des mers du Sud.
Jadis, les rois de Tahiti n'étaient pas investis de l'autorité royale par la réception d'une couronne, mais ils étaient ceints de la maro ura, de la ceinture sacrée. Nous en avons déjà décrit la cérémonie. A cette occasion, ils baignaient le roi dans la mer, avant de le ceindre de la ceinture sacrée. Lors de ce premier sacre, le jeune roi fut oint d'huile, partie de la cérémonie dont, à mon sens, on aurait pu se dispenser.
Peu après son couronnement, le jeune Pomaré III fut placé à l'Académie des mers du Sud à Eimeo sous la garde de Mr. et Mrs. Orsmond, afin d'y recevoir, avec les enfants des missionnaires, une éducation systématiquement anglaise. Son caractère était affectueux, ses progrès encourageants et permettaient de penser qu'il acquerrait rapidement une bonne connaissance de l'anglais. Elle lui aurait donné, s'il avait vécu, les clefs d'un trésor de connaissance qui lui auraient valu une influence prépondérante sur la population dont Dieu l'avait fait roi. Pour son âge, ses facultés n'étaient pas inférieures à celles des enfants européens, ses contemporains ; mais il fut de bonne heure emporté par la mort.
Atteint d'une infection qui balaya les îles vers le milieu de décembre 1826, il fut immédiatement ramené dans la résidence de sa mère à Pare, où il languit jusqu'au 11 janvier 1827, date à laquelle il mourut dans les bras de Mr. Orsmond.

( W. Ellis, A la recherche de la Polynésie d’autrefois )

Retour en haut de page