Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Les états généraux (juin-septembre 2009) -

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Les états généraux (juin-septembre 2009)

Conséquence de la crise née aux Antilles, l’État a tenu à organiser des états généraux en Polynésie sur les mêmes thèmes que dans le reste de l’Outre-Mer, avec cette particularité qu’un atelier a été consacré au nucléaire avec comme axes de réflexion : « mémoire, reconnaissance, responsabilité et gestion de l’après-nucléaire ». Le président Temaru les avait ouverts en fixant ce qui devait être – selon lui – le cap : préparer l’indépendance à long terme. Ils auraient pu s’inspirer sur le « modèle calédonien » pour aboutir à ce qu’O. Temaru avait appelé depuis 2006 – sans autre précision – « les accords de Tahiti Nui ». Un regard sévère a été posé dans les ateliers sur la société et en particulier sur la classe politique. Cette critique n’est pas une surprise dans la mesure où, d’une part, elle serait formulée dans n’importe quelle démocratie, et d’autre part, elle ne fait que reprendre des thèmes récurrents en Polynésie depuis les années 80. Les solutions proposées sont restées cantonnées dans le cadre de l’autonomie actuelle, certains ateliers soulignant que « la population » ne désirait pas que le débat statutaire revînt régulièrement sur le devant de la scène. De plus, les thèmes proposés à chaque atelier ne permettaient pas d’aborder la question fondamentale des relations avec la métropole. Une certaine retenue semble avoir présidé au refus de réformes profondes. Comme il fallait s’y attendre, une question allait être posée : les participants et - à plus forte raison - les responsables d’ateliers étaient-ils vraiment des représentants du peuple polynésien ? Le président Temaru a contesté cette représentativité , bien qu’il n’ait pas cherché à la contrecarrer lorsque les ateliers se sont mis en place (« Vous avez vu le peuple polynésien ici ? » a-t-il demandé aux journalistes) et a dénoncé « un processus de néo-colonisation qui se met en place » alors qu’il faudrait au contraire « entamer un processus de décolonisation » conformément au préambule de la Constitution de 1946 . Il faut signaler que, quoi qu’en ait pu prétendre le haut-commissaire , beaucoup de participants ont regretté les injonctions de ses services pour que certaines phrases soient corrigées dans les conclusions, ce que les responsables d’ateliers ont généralement refusé de faire. Pour la plupart des hauts représentants de l’État, la colonisation en Polynésie n’a pas présenté le caractère de gravité qu’elle avait pu recouvrir dans certains pays. La reconnaissance du fait colonial n’aurait donc pas lieu d’être selon eux. Finalement, les propositions avancées ne pourraient qu’améliorer un état de choses, mais ne serait-ce pas, en fait, le pérenniser malgré tout. De nombreux malentendus ont gêné la réflexion. Qu’attendait-on vraiment des ces états généraux ? Certains ateliers ont préparé d’avance, entre « experts », les débats avec la société civile et défini un cadre plutôt rigide alors que d’autres ont laissé parler la société civile – au risque de l’enlisement des débats – avant de définir un cadre de discussion entre « experts ». Le thème principal de la vie politique à savoir les relations avec la France a été noyé dans diverses considérations, ce qui devait décevoir la plupart des indépendantistes, tout comme les autonomistes qui n’ont pas trouvé dans les conclusions des éléments favorables à la consolidation de l’autonomie puisqu’inévitablement les critiques portaient sur la façon dont cette autonomie a été pratiquée. D’une part, l’occasion d’une clarification des rapports avec l’État a été manquée faute d’avoir posé les vrais problèmes, d’autre part contrairement à d’autres collectivités de l’Outre-Mer, les responsables politiques et économiques n’ont pas souhaité élaborer un projet de société à long terme. Les discours et les actes récents des décideurs politiques et économiques montrent que les conclusions des états généraux ont été oubliées, bien que certains dirigeants prétendent vouloir les appliquer. Les pratiques traditionnelles (clientélisme, népotisme, électoralisme et mesures à court terme…) ont-elles réellement été abandonnées ? Quant à l’État, il donne des signes de l’intérêt qu’il porte au suivi des états généraux : la ministre Marie-Luce Penchard a reçu les délégués le 1er février 2010 et annoncé qu’elle veillerait à la prise en compte de leurs observations. Une fois encore, l’impression domine (voir les rapports Dumont, Nora, Bolliet…) que les diagnostics et les remèdes proposés existent, mais que les responsables économiques et politiques ne parviennent pas à les prendre en compte, confortant ainsi le constat sévère de F. Sanford que le seul rapport qui mériterait d’être financé serait celui qui expliquerait pourquoi les rapports précédents n’ont pas été suivis d’effets .

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