Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le contexte océanien -

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Le contexte océanien


Tahiti a toujours constitué une escale sûre et accueillante pour les navigateurs européens. Bougainville le premier fit à l’île cette réputation qui demeura pendant de longues années. Le meurtre de Cook aux îles Hawaii en 1779, le massacre de Langle et de onze hommes d’équipage à Tutuila (Samoa) en 1788, l’attaque du navire de Marion du Fresne dans la baie des Iles (Nouvelle-Zélande) donnèrent du reste de la Polynésie une image d’hostilité et de violence. Sans parler de la Mélanésie où personne n’osait s’aventurer et qui restait mal explorée.

La paix et l’harmonie ne règnent cependant pas à la Nouvelle-Cythère, loin s’en faut. Les conflits se succèdent et freinent le développement du commerce et les tentatives d’exploitation agricole. Mais la personne physique des Européens n’est pas en danger, et cela justifie le fait que Tahiti devienne, entre 1800 et 1830, un havre pour les navires européens.
Quels sont ces navires ? En ces dernières années du XVIIIe siècle et jusqu’en 1830, ce sont encore ceux destinés aux grandes expéditions scientifiques des nations européennes, mais ce sont aussi ces goélettes qui s’aventurent toujours plus loin dans les mers du Sud, prêtes à tous les trafics.
Les terres qui bordent l’Océanie sont, au début du XIXe siècle, en pleine mutation, et la Polynésie en recueillera -ou devrait-on dire en subira- les retombées économiques, car ces îles ne vont cesser d’être sollicitées, exploitées, parfois même mises à sac.


Bagnards australiens

La Nouvelle-Galles du Sud

La base de Port Jackson en Nouvelle-Galles du Sud (Australie) eut une influence déterminante pendant plus de vingt ans sur la Polynésie orientale. Londres ayant décidé de se débarrasser de ses criminels et aussi de ses opposants politiques (les Irlandais notamment) en les renvoyant aux Antipodes, on chercha où fonder une colonie pénitentiaire. Sur proposition de Joseph Banks, la Nouvelle-Galles du Sud fut choisie.
En 1787, la première « flotte », composée de deux navires de guerre et de neuf transporteurs, débarque en millier d’hommes. La même année où W. Bligh séjourne à Tahiti avec la Bounty pour récolter des plants d’arbre à pain, le premier établissement blanc en Océanie est installée. Les débuts sont difficiles et la petite colonie, complètement isolée, mène une existence précaire. Le bush n’offre guère de ressources vivrières et les difficultés d’approvisionnement sont immenses. La population s’accroît cependant régulièrement et en 1792 Sydney accueille 4 000 convicts (dont un millier à Norfolk).
Entre 1793 et 1810, 2 500 autres prisonniers sont envoyés. Le nombre des colons en Australie passe, entre 1810 et 1821, de 11 590 à 38 778 mais, malgré de remarquables réalisations dans le domaine de l’agriculture, la communauté anglaise demeure largement tributaire des importations. Le monde mélanésien lui étant fermé, la Nouvelle-Galles du Sud se tourne tout naturellement vers Tahiti, où les flottes s’arrêtent déjà pour s’approvisionner.

La façade ouest de l’Amérique


La baie de Valparaiso

Les Européens sont également présents sur la façade occidentale de l’Amérique latine qui vient d’accéder à l’indépendance. Les derniers Espagnols quittèrent Callao en 1826. Un énorme marché est à conquérir. Anglais et Français envoient flottes de guerre et navires de commerce. Si le Pérou paraît alors peu attrayant, le Chili semble être un marché intéressant, et Valparaiso devient durant ces années la place économique la plus importante du Pacifique, avec Canton. Tous les navires qui remontent du cap Horn s’arrêtent obligatoirement dans le grand port chilien. Jouissant de règlements de douanes facilitant le transit des marchandises, la ville attire des capitaux du monde entier. Véritable tour de Babel, où l’on entend parler plus de dix langues, cette ville, que les témoins décrivent en fête perpétuelle, où la bourgeoisie affiche un luxe tapageur, est un débouché extraordinaire pour toutes sortes de marchandises. C’est de Valparaiso que partent les goélettes pour prospecter les îles du bassin du Pacifique Sud et la côte nord-américaine, à la recherche non pas du simple approvisionnement, mais de produits de luxe, plus prisés, tels que les fourrures.
Si à cette époque la côte californienne est toujours aussi peu exploitée, il n’en va pas de même de l’Alaska, auquel la Russie s’intéresse depuis 1728. Sur les traces de Béring, navigateurs et commerçants russes ont exploré les eaux froides en quête de fourrures. En 1797, une compagnie russo-américaine s’est assuré le monopole des chasses en Sibérie et en Alaska, alors terres russes. Ses activités intenses sont cependant ralenties par le manque d’approvisionnement, le ravitaillement devant en effet traverser toute la Sibérie. Aussi les Russes se tournent-ils vers Hawaii, où la compagnie crée des comptoirs. L’un de ses agents va même jusqu’à faire construire des forts, obligeant le roi Kamehameha à jurer obéissance au tsar.


   Baie d'Akaroa

[P. Y. Toullelan, chapitre 6, volume 6, Encyclopédie de la Polynésie]

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