Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Politique -

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Le contexte local


Le jeune Ari'i Pomare II porté
sur les épaules d'un serviteur

La double victoire séculière et religieuse de Pomare a été présentée comme un tout, expliquant le rétablissement politique de l’ari’i et justifiant la conversion massive de Tahiti et Moorea. D’une part, le message des missionnaires était subversif, en ce sens qu’il s’attaquait aux fondements de la culture polynésienne locale, mais de l’autre, quand les ari’i de l’archipel de la Société furent persuadés que la nouvelle religion soutiendrait la hiérarchie sociale existante, les conversions affluèrent sur ordre des chefs.

L’autorité politique

L’œuvre de la Mission et la position politique de Pomare n’étaient pourtant pas aussi assurées que cette simple explication le suggère. Les rébellions de la période précédant 1808 avaient été suscitées par l’intensification des guerres intestines, à la suite de l’ascension de l’ari’i rahi et de ses exigences en hommes et en tributs. Après cette date, alors que Pomare était en exil à Moorea et que les missionnaires avaient pratiquement abandonné leur station de Matavai (1797-1808), il s’était produit un véritable transfert d’autorité politique des ari’i de premier rang aux notables « sub-tribaux » : chefs locaux et ra’atira. Il serait exagéré de qualifier ce changement de « républicain », comme le laisserait entendre le terme Hau manahune, mais il représentait indubitablement une réaction à l’état de guerre permanent, aux sacrifices et aux prétentions des ari’i tribaux, se disputant les titres et les faveurs du dieu de la guerre, ‘Oro. En outre, il n’est pas impossible, ainsi que le soupçonnèrent certains missionnaires, que la façon dont ils présentaient le gouvernement anglais, ou les nouvelles reçues de la Révolution en France, n’aient fait entrevoir aux Tahitiens la possibilité d’une autorité moins autocratique dans leur petite île. En tout cas, ils avaient l’habitude de renverser les chefs, et l’histoire des îles Sous-le-Vent contient des exemples de semblables révoltes contre l’élite religieuse et politique.
Pour leur part, une fois revenus, les missionnaires se consacrèrent à l’enseignement et à la prédication. Il n’était que trop évident qu’ils dépendaient de l’autorité séculière tahitienne, ce qui avait été l’une des raisons de leur exil, lorsque la cause de Pomare avait semblé perdue. Mais le christianisme avait timidement commencé à prendre racine à Moorea durant les six années précédant la bataille de Fei Pi et il avait ébranlé les croyances parmi les alliés de Pomare aux îles Sous-le-Vent, aussi bien chez les plus humbles manuhune que chez les ra’atira.

[C.W. Newbury, chapitre 3, volume 6, Encyclopédie de la Polynésie]

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