Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - L'économie de traite -

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Le contexte local économique

L’économie de traite

Le commerce du porc salé peut être considéré comme une étape décisive dans l'évolution de la société tahitienne car on peut y voir l'apprentissage du commerce à grande échelle. Cette disposition des Tahitiens, et à un moindre degré des habitants des autres îles de la Société, pour le commerce trouvait en partie son origine dans l'œuvre des missionnaires anglais protestants.

Les sociétés commerciales missionnaires


Les baleiniers dans la baie de Pape'ete

Les missionnaires anglais entendirent dès 1815 continuer leur œuvre d'évangélisation en envoyant des « teachers » vers les autres archipels. Les dépenses étaient d'ordinaire à la charge de Londres. Il parut donc intéressant de créer, à Tahiti même, une « Société missionnaire, subsidiaire de la Société de Londres ». Cette société « polynésienne » collecterait les produits constituant la participation des habitants et les exporterait. A l'origine, on demanda à chaque Tahitien de fournir une petite quantité d'huile de coco, contenue dans des bambous, puis on préleva aussi de l'arrow-root. Le 13 mai 1818, cette société vit le jour à Tahiti et fut placée sous le patronage des grands chefs qui, seuls, pouvaient organiser une collecte importante en utilisant le tribut traditionnel qui leur était dû. Aux îles Sous-le-Vent, des sociétés identiques furent créées en octobre 1818. Ce courant de production pour l'exportation, créé afin d'alléger les charges financières de l'Église, donna naissance à l'économie de traite.
Les missionnaires voulurent également contrôler le transport avec l'acquisition d'un navire, le Haweis, confié au capitaine Nicholson. Ce bateau de 73 tonneaux, lancé en décembre 1817, fit plusieurs traversées de 1819 à 1829, emportant à Port Jackson des cargaisons de salaisons, mais aussi d'arrow-root, d'huile et de fruits. Ce contrôle du commerce et du transport permit à la mission de Tahiti de dégager d'importants bénéfices : dès 1821, on envoya 1 900 livres à Londres pour rembourser une partie des frais engagés par la London Missionary Society dans les mers du Su


Lancement du navire missionnaire Haweis

d.

Tahiti et les îles de la Société ne connurent guère de temps mort entre le commerce du porc salé qui commença en 1793, et la traite qui se développa avant même 1815. Les ressources des lagons furent exploitées dès 1808. Des relations commerciales s'établirent avec Valparaiso et l'Europe via le détroit de Magellan, prenant le relais du commerce du porc salé en 1830. Les perles étaient recherchées, mais aussi la nacre dont on obtenait de substantiels bénéfices. On pouvait espérer aussi tirer profit des trépangs, holothuries (bêches de mer) qui, une fois séchées et fumées, étaient vendues à bon prix sur le marché chinois. L'huile de coco aussi était recherchée. En 1822, elle se vendait 16 livres la tonne; le prix baissa à 9 livres en 1824. Ce commerce était aux mains des missionnaires, et on put à cette occasion parler de monopole, mais il fut brisé par certains chefs, comme Tati et sa belle-fille Atiau Vahine, tous deux gros producteurs, qui en assurèrent eux-mêmes la commercialisation.
On ne saurait cependant parler de monopole missionnaire sur les exportations du royaume des Pomare. Outre les baleiniers qui se livraient à Matavai à des opérations commerciales, ou les chefs qui opéraient pour leur propre compte les missionnaires se heurtaient à la concurrence bien autrement redoutable des capitaines de goélettes.

Capitaines de goélettes


Arrow-root ou pia

Qui étaient les capitaines de ces goélettes ? On peut distinguer les Anglais (plus nombreux) des Français. Les premiers venaient d'Australasie, comme William Dunnett ou Thomas Ebrill. Certains Français (A. Lucas, F. Rouge, F. Desentis) arrivèrent aussi de Nouvelle-Zélande où ils avaient spéculé sur la vente de terres maories aux colons, ce qui devint impossible en 1840, lors de l'annexion par la Grande-Bretagne.
Thomas Ebrill fut d'abord, vers 1820, second d'un petit bâtiment de 40 tonneaux, le Macquarie, dont le propriétaire était le fils du missionnaire William Henry. Puis, capitaine d'une bonne dizaine de goélettes, il alla de Pitcairn aux Marquises, en passant par les Gambier. Il plaça ses gains à Tahiti, dans l'isthme de Taravao, où avec Samuel Pinder Henry, devenu son beau-frère, il tenta une plantation de canne à sucre vite abandonnée. Son commerce était varié : le santal bien sûr, l'huile de coco, les perles et les nacres ; tout dépendait du cours de ces produits. En 1842, T. Ebrill périt avec son équipage en Mélanésie, ne laissant aucune fortune à sa fille qui gagna l'Australie. Comme l'indique F. Doumenge, si Tahiti fut « un grand foyer de l'interlope au début du XIXe, beaucoup de trafiquants y laissèrent leur vie. Quelques-uns y firent fortune, fort peu s'y établirent. Aucun pratiquement n'y a laissé de descendance ». Ainsi en alla-t-il pour le commandant de l'Aimable Joséphine, Adolphe Bureau, spécialiste de la nacre aux Gambier, qui fut massacré aux îles Fidji. D'autres devaient par la suite rejoindre l'Extrême-Orient, se perdre dans les ruées vers l'or ou dans les révolutions sud-américaines.

Un autre type de commerçant fait son apparition, celui de représentant des compagnies de commerce. Si l'on trouve en 1817 des capitaines bordelais aux Marquises, il faut noter que la plupart de ces représentants arrivèrent en fait de Valparaiso : ce fut le cas du Français A. Mauruc et du Belge J.A. Moerenhout.

[P.Y. Toullelan, chapitre 6, volume 6, Encyclopédie de la Polynésie]


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