Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Une monarchie centralisatrice -

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Les institutions

Une monarchie « centralisatrice »

Dans ce passage d'une confédération de principautés à un système centralisé, différents éléments sont à considérer : ce qu'on peut appeler « l'absolutisme royal » qui est très net avec Pomare II après 1815 : la transformation des principautés (les chefferies souveraines détenues par les familles d'ari’i) en districts (chefferies de tavana placées sous la souveraineté du roi) ; enfin, le devenir de la force confédérale de l'organisation tahitienne.

L’« absolutisme  royal »


Ari'i de Tahiti vers 1822

Il est de fait que Pomare II peut être qualifié après 1815 de « souverain absolu ». Cela tient à sa personnalité, peut-être aussi au modèle théorique du souverain unique (mais limité) en son royaume que lui ont insufflé les missionnaires (encore que ceux-ci, la plupart d'humble origine, n'avaient peut-être pas une très bonne connaissance de la structure et du fonctionnement de la Cour de Saint-James) : sûrement au système d'alliances familiales au centre duquel il se trouve et qui lui a permis de récupérer bien des titres traditionnels ; enfin, en cette transformation des chefs en officiers royaux sur laquelle on va revenir.
La forte personnalité du roi ne fait pas de doute : il a comploté, juste avant la mort de son père, en 1803, la chute de ce dernier, avec l'aide du grand-prêtre, son grand-oncle Ha'amanimani, et le conflit entre le père et le fils a été évité par une paix scellée par la mort du grand-prêtre. Autre élément de cette forte personnalité : la patiente et efficace conquête du pouvoir, en dépit des revers, passagers, pendant dix ans, entre son « inauguration » en 1805 et la victoire de 1815.
Il est possible que le modèle britannique ait joué, moins en ce qui concerne l'absolutisme proprement dit (contraire aux réalités britanniques depuis le XVIIIe siècle) que pour la conception d'un royaume unifié: en 1819 on assiste bien, et semble-t-il sous l'égide des missionnaires, à la tenue d'une assemblée de chefs et de la population des districts qui va adopter le premier code tahitien ; sans sous-estimer l'existence d'assemblées dans la tradition ancienne (dénotée par la présence d'un mot spécifique, apo'ora'a, ou rapportée par exemple par J. Davies à propos d'un conseil de guerre, upo'o tamai, tenu à Moorea), on peut penser que la réunion des trois éléments - roi unique-assemblée-adoption de lois - découle, au moins pour partie, du modèle britannique explicité par les missionnaires.
Mais les données tahitiennes expliquent bien, sinon le caractère « absolu » du pouvoir du roi, du moins l'unicité de ce pouvoir.
En effet, bien des titres les plus prestigieux des anciens ari'i sont détenus par Pomare III, soit par héritage parce que Pomare II est allié aux très grandes familles de Tahiti et des îles Sous-le-Vent, soit par déshérence à la suite de l'extinction de lignées, soit enfin par l'effet des guerres, mais le plus souvent par la combinaison de ces trois facteurs.
Dans son ouvrage « l'Ancienne Société Tahitienne », D. Oliver souligne, dans l'ancien Tahiti, la dualité du pouvoir entre l'ari'i le plus élevé par le rang et tenant officiel du titre de chefferie lui donnant le pouvoir nominal sur celle-ci, et le chef effectif, détenteur d'un pouvoir « tribal » et qui exerce, sous le nom du tenant du titre, un pouvoir coercitif très fort : l'exemple le plus courant, donné par Oliver, étant celui de la dualité, dans la chefferie des Pomare (Te Porionu'u), de Tu (Pomare I) détenteur du titre le plus élevé (Tu-nui-ae-i-te-atua) et de Tutaha, son grand-oncle, qui détient le pouvoir effectif (celui de faire la guerre notamment).
Pomare Il concentre sur sa personne, et les titres qui confèrent la légitimité (ou plus exactement, l'accumulation des titres qui donnent cette légitimité), et le pouvoir « tribal » qui fait de son détenteur un chef « absolu ».
Il conviendra aussi de noter qu'après 1815, un certain nombre de grands chefs qui auraient eu les prérogatives traditionnelles pour disputer le pouvoir à Pomare II ont été éliminés de la scène politique.

La transformation des principautés

C'est le second élément, après le développement d'une conception unifiée de la royauté, qui explique le passage à la monarchie centralisée.
Là encore, on peut être tenté d'y chercher un effet de l'influence missionnaire, l'application d'un modèle européen (sinon britannique), mais il suffit, si l'on refuse ce point de vue, de se souvenir de la manière dont étaient structurées les chefferies dans l'ancien Tahiti, avec en-dessous de l'ari'i, des to’ofa ou officiers qui, soit contrôlent pour l'ari'i des portions de la chefferie, soit commandent les troupes, voire s'occupent de certaines opérations telle la punition de dépendants rebelles : exemple, sous Vehiatua II, ari'i rahi des Teva de la Mer, des dépendants de la vallée de la Vaitepiha avaient été châtiés parce qu'ils avaient refusé de fournir les prestations exigées d'eux.
Il suffit, en réalité, de projeter l'image de la chefferie à la dimension du nouveau royaume pour expliquer comment la fonction des tavana (gouverneurs) a pu entrer dans les vues du nouveau roi, les tavana du royaume devenant en quelque sorte les to'ofa d'une chefferie agrandie à la dimension de ce dernier.
Deux procédés ont été, semble-t-il, utilisés pour la désignation de ces to’ofa royaux. Tantôt Pomare II a placé un personnage à la tête de l'ancienne chefferie, tantôt il a fait une création en marge des chefferies existantes.
Le premier cas paraît le plus commun. Soit qu'il confirme ou reconfirme le tenant du titre légitime dans sa chefferie, mais avec le titre de tavana et non plus d'ari'i : parce qu'il n'y a plus qu'un seul ari'i, Pomare II ; parce qu'il a auparavant acquis le titre attaché à la chefferie, titre qui, d'ailleurs, tombe en désuétude puisqu'il porte sur un marae (le marae de la chefferie) devenu obsolète depuis la conversion. C'est le cas de Tati, grand chef de Papara, dépossédé de la chefferie à la suite de sa défaite de 1806 mais qui a rallié Pomare II à l'encontre de son frère Opuhara (Upufara) et ainsi la récupère. Soit que le roi place à la tête d'une chefferie vacante, exemple les Oropa'a, un compagnon de lutte, tel Utami, un ancien chef de Tahaa.
Dans le second cas (et c'est Pomare I qui avait amorcé le processus à Moorea), on crée une chefferie nouvelle destinée à supplanter les chefferies traditionnelles ou, tout au moins, à se les subordonner : ainsi Pomare I a créé de toutes pièces dans le nord de Moorea une chefferie nouvelle, Te Aharoa, avec un titre Ta'aroa ari'i qui tend à devenir sous Pomare II le titre des titulaires du gouvernement de Moorea : le portent successivement Metuaaro, Itia et Ha'amanimani, et le fils de Mahine, chef suprême de Huahine.

[Cl. Robineau, chapitre 4, volume 6, Encyclopédie de la Polynésie]

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