Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Les Codes de Lois -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Histoire de l'institution | 1819-1824. Les lois missionnaires | Les codes de lois

Les codes de lois


Après 1815, l'apparente « victoire » du christianisme place les missionnaires de la London Missionary Society dans une position politique privilégiée, en tant que conseillers écoutés des chefs les plus puissants, comme Pomare II, et ceci à leur propre étonnement.

Vers une nouvelle société

Ils se trouvent alors en situation de réaliser enfin ce bouleversement de la société ma'ohi qui, associé à la christianisation, constitue le projet initial de leur mission. C'est une véritable utopie - au sens des futurs utopistes de leur siècle - qui hante leurs consciences : réformer cette société en extirpant les aspects « païens » considérés comme relevant du « royaume de Satan », garantir l'existence d'un gouvernement civil s'apparentant au « libre et équitable Gouvernement de l'Angleterre » dans les termes de James EIder (cité par N. Gunson), rapprocher ce qui deviendrait alors la nation ou l'État tahitien du modèle anglais, considéré comme le plus avancé dans « la » civilisation, faire enfin de Tahiti une sorte de cas exemplaire pour les autres sociétés des mers du Sud. Pour ceci la collaboration active, au moins apparente, des chefs ma'ohi leur semble acquise.
L'adoption de codes législatifs écrits, plus largement l'institution d'un appareil judiciaire capable d'en garantir l'application, constituent deux piliers de ce projet. D'après N. Gunson, l'idée apparaît dans une lettre du missionnaire Matthew Wilks à George Burder, l'un des membres du Bureau de la LMS à Londres, dès novembre 1815. Elle s'inspire des précédents déjà existants, les codes mis au point par les missions installées auprès de certains groupes indiens d'Amérique du Nord ou en Afrique du Sud (N. Gunson).
A Tahiti les grandes lignes de cette réforme institutionnelle sont d'abord discutées en 1818, dans le cadre d'une difficultueuse correspondance entre John Davies et Henry Nott d'une part, Pomare d'autre part, de qui procède alors l'essentiel de l'autorité dans les îles du Vent (Council for World Missions Archives, South Seas Journals·, Box 5). Le « roi », fidèle à un tempérament d'autocrate que les sévères échecs de 1808 - 1814 n'ont fait qu'entamer et auquel sa nouvelle gloire permet de resurgir, ne voit pas d'un très bon œil une réforme qu'il perçoit à juste titre comme menaçant son autorité et celle de ses dépendants directs. C'est d'une véritable négociation qu'il s'agit, aboutissant à un compromis entre la vision missionnaire des nécessités légales et celle des conceptions ma'ohi de la coercition qu'incarne Pomare.

Despotisme ou parlementarisme ?

Cette négociation et ce compromis procèdent en outre d'une autre discussion agitant les courants protestants de l'époque sur la conduite à tenir à l'égard du politique, sur les rapports entre « César et Christ » ; les anglicans de la LMS considéraient avec beaucoup de sérieux le rôle, pourtant très ambigu, de simples « conseillers » que ces conceptions leur réservaient.
C’est ainsi que les premières rédactions des « codes » (voir doc) par H. Nott sont examinées à plusieurs reprises entre janvier et mai 1818, par des assemblées générales de la population de Tahiti - Moorea qui constituent à la fois la métaphore des anciens conseils de chefs et l'ébauche d'une assemblée parlementaire à l'anglaise. C'est ainsi encore qu'on « s'oppose violemment » (d'après J. Davies) à une première rédaction, avant que le corpus de 18 articles intitulé « la loi (ture, mot tiré du sanscrit) de Tahiti » - et non "code Pomare" comme on l'entend parfois - soit publiquement approuvé, le 12 mai 1819.
La trame de ce premier code inspirera ceux adoptés aux îles Sous-le-Vent (Raiatea, Tahaa, Bora Bora, Maupiti en 1820 ; Huahine en 1822) là aussi en fonction des spécificités politico-territoriales du moment. Les codes feront l'objet de nombreuses révisions qui enregistrent les transformations historiques.
Le contenu et l'organisation des articles du premier code de 1819 révèlent la nécessaire adaptation réciproque des missionnaires au donné politique et des chefs ma'ohi à leurs nouveaux conseillers civils. La « loi de Tahiti » est proclamée « au nom de Pomare, de par la grâce de Dieu Ari'i de Tahiti, Moorea et des terres voisines » etc. Le « roi », comme d'autres chefs titulaires, se trouve de facto considéré (un peu à la manière de George III) comme « tête de l'Église », malgré les réserves des missionnaires, et « les lois » semblent condenser la nouvelle légitimité ari’i. Les premiers juges (ha'ava) de Tahiti-Moorea s'identifient purement et simplement aux sous-chefs tribaux ou territoriaux comme en témoigne l'article XVI.
Le « despotisme » de Pomare et de certains chefs, si souvent dénoncé par les missionnaires dans leurs débats internes, n'est nullement mis en cause par la forme judiciaire. Il faudra attendre les lois de 1822 à Huahine pour qu'une codification des prélèvements ari'i sur la production vivrière, également utilisés comme amendes, se fasse jour ; cette codification ne tend elle-même qu'à « rationaliser » la circulation traditionnelle des surplus, comme l'indique C. Newbury.

[J.-F. Baré, chapitre 4, volume 6, Encyclopédie de la Polynésie]


   Evangélistes polynésiens

Retour en haut de page